Pouvoir Cameroun : le président Biya peut-il diriger depuis l’étranger ?
Analyse politique
pouvoir Cameroun : le président Biya peut-il diriger depuis l’étranger ?
Que dit la constitution camerounaise sur un séjour prolongé du chef de l’État à l’étranger ? Analyse des implications juridiques et politiques.
Un séjour à Genève qui interroge
Le président Camerounais, Paul Biya, a quitté Yaoundé le 7 juin 2026 pour un séjour privé en Europe, officiellement présenté comme temporaire par son Directeur de Cabinet, Samuel Mvondo Ayolo. Pourtant, après plus d’un mois sur place, les questions persistent.
Les médias locaux et internationaux, dont Jeune Afrique, confirment sa présence à Genève, en Suisse, où il a l’habitude de séjourner depuis son accession au pouvoir en 1982. Si les autorités assurent que son état de santé est « bon », les spéculations sur une éventuelle vacance du pouvoir gagnent en intensité.
Certains observateurs n’hésitent plus à évoquer cette hypothèse, alimentée par l’attente prolongée de la formation du nouveau gouvernement après l’élection présidentielle d’octobre 2025 et le délai dans la nomination d’un Vice-président, alors que la réforme constitutionnelle réintroduisant ce poste a été adoptée dans l’urgence.
La constitution camerounaise encadre-t-elle ces absences ?
Contrairement à une idée reçue, la vacance du pouvoir au Cameroun ne se détermine pas à partir du nombre de jours passés hors du territoire par le chef de l’État. Aucun texte n’impose de limite temporelle à ces déplacements.
La constitution camerounaise ne reconnaît que trois cas de vacance du pouvoir : le décès, la démission ou l’empêchement définitif du président en exercice. Or, ce dernier terme n’est pas défini par les textes en vigueur. Aucune loi ne précise ce qui constitutes un « empêchement définitif », laissant ainsi une zone d’ombre juridique.
En conséquence, aucun mécanisme ne permet de constater une vacance du pouvoir sur la seule base d’un séjour prolongé à l’étranger. Le président Biya pourrait, en théorie, gérer le pays depuis Genève sans enfreindre la loi.
Le véritable débat porte donc sur l’éthique politique et la perception citoyenne. En 43 ans de présidence ininterrompue, le chef de l’État n’a jamais signé ou fait publier de décret majeur depuis l’étranger, soulignant ainsi la singularité de cette situation.
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