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Perenco dans la tourmente judiciaire : corruption présumée au Gabon

Le groupe franco-britannique Perenco, acteur majeur du secteur énergétique africain, fait face à une procédure judiciaire aux implications considérables pour ses activités au Gabon et au Congo-Brazzaville.

Les 11 et 12 juin derniers, le Parquet national financier a mené des perquisitions au siège parisien de Perenco ainsi qu’au domicile de son président, François Perrodo, et d’autres dirigeants. Téléphones, ordinateurs et documents internes ont été saisis dans le cadre d’une enquête ouverte depuis octobre 2023 pour corruption d’agents publics étrangers et blanchiment de capitaux. Les magistrats s’intéressent particulièrement à des flux financiers suspects liés aux opérations du groupe en Afrique centrale.

L’ombre persistante de la gouvernance pétrolière

Les enquêteurs cherchent à déterminer si des avantages commerciaux, concessions ou contrats d’exploitation ont été obtenus ou conservés via des mécanismes financiers irréguliers impliquant des responsables publics locaux. Cette affaire remet en lumière un sujet sensible qui traverse l’histoire économique de l’Afrique centrale : la gestion des revenus extractifs dans une région riche en ressources naturelles mais régulièrement épinglée pour son manque de transparence.

Perenco, entreprise familiale peu exposée médiatiquement, s’est imposée dans des juridictions complexes. Au Gabon, où elle est présente depuis plus de trente ans, sa filiale locale est devenue le premier producteur d’hydrocarbures du pays grâce à un vaste portefeuille de champs offshore et terrestres.

Le moment le plus délicat

Le calendrier de cette procédure est particulièrement sensible. Perenco est engagé dans une transformation stratégique majeure centrée sur le gaz naturel. Le groupe est le principal opérateur gazier gabonais et pilote des projets clés pour la diversification énergétique du pays : les champs d’Igongo et d’Ozangué, l’usine de GPL de Batanga, et surtout le futur projet de liquéfaction flottante (FLNG) de Cap Lopez, prévu pour 2028 avec une capacité de 700 000 tonnes par an et un investissement d’un milliard de dollars en partenariat avec la Gabon Oil Company.

Par ailleurs, Perenco a récemment livré la première phase de la centrale thermique à gaz de Mayumba, destinée à renforcer l’alimentation électrique nationale. Depuis 2006, le groupe affirme avoir investi plus de 500 millions de dollars dans les infrastructures gazières gabonaises, notamment via un réseau de gazoducs de plusieurs centaines de kilomètres.

Une affaire aux conséquences dépassant Perenco

Aucune mise en examen ni condamnation n’a encore été prononcée. Les perquisitions visent à rassembler des preuves pour étayer ou infirmer les soupçons. Mais au-delà du sort judiciaire de Perenco, cette affaire soulève une interrogation plus large : dans des économies où les grands projets énergétiques reposent sur quelques opérateurs stratégiques, la fragilisation d’un acteur majeur devient une question d’intérêt national.

Pour le Gabon et le Congo-Brazzaville, l’enjeu dépasse le cadre d’une procédure française. Il touche à la gouvernance des ressources naturelles, à la crédibilité des partenariats internationaux et à la capacité des États à garantir que les richesses extraites servent le développement durable. Cette enquête pourrait marquer un tournant dans les relations entre multinationales extractives, États africains et exigences croissantes de transparence qui redessinent l’économie mondiale des ressources naturelles.