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Nouveau cadre juridique pour l’exploitation de l’iboga au Gabon

Le Gabon a récemment renforcé son dispositif de régulation autour de l’iboga, une plante endémique d’Afrique centrale aux propriétés psychotropes et thérapeutiques. Désormais, toute exploitation ou commercialisation de cette ressource est soumise à une autorisation préalable des autorités gabonaises. Libreville entend ainsi contrôler strictement l’accès à une plante longtemps exploitée sans cadre rigoureux, dont la demande mondiale ne cesse de croître.

Un contrôle étatique renforcé sur une ressource stratégique

La Tabernanthe iboga, arbuste des forêts équatoriales du Gabon, occupe une place centrale dans le patrimoine national. Utilisée dans le rite initiatique bwiti, elle suscite également un intérêt croissant de la recherche biomédicale pour le traitement des addictions. Cette double dimension, culturelle et pharmacologique, a attiré des opérateurs étrangers, souvent au détriment d’une gestion durable des peuplements sauvages.

Face à cette situation, le gouvernement gabonais impose désormais une autorisation administrative pour toute activité liée à l’iboga : récolte, transformation, vente ou exportation. Cette mesure s’inscrit dans la continuité de la protection initiée en 2000, lorsque la plante avait été classée patrimoine culturel national. Toute opération commerciale sans accord préalable des services compétents est passible de sanctions.

Souveraineté biologique et lutte contre la biopiraterie

Cette décision répond à une préoccupation de longue date des autorités et de la société civile gabonaise : la captation des bénéfices par des acteurs étrangers sans retombées locales. Plusieurs cliniques en Europe et en Amérique du Nord proposent depuis des années des cures à base d’ibogaïne, l’alcaloïde extrait des racines, à des tarifs élevés. Or, la matière première provient majoritairement des forêts gabonaises, où la cueillette sauvage menace la pérennité de l’espèce.

En durcissant le cadre juridique, Libreville se donne les moyens de tracer les flux, fixer des quotas et négocier des contrats d’accès et de partage des avantages conformes au protocole de Nagoya, dont le Gabon est signataire. Cette approche rejoint celle d’autres pays du bassin du Congo soucieux de protéger leurs ressources génétiques. Reste à dimensionner les capacités de contrôle sur le terrain, dans une zone forestière vaste et difficile d’accès, où la contrebande de produits forestiers non ligneux demeure une réalité documentée.

Une filière à structurer entre tradition et industrie

Au-delà de l’aspect répressif, ce nouveau cadre ouvre la voie à une structuration de la filière nationale. Les acteurs concernés — tradipraticiens, coopératives villageoises ou industriels — devront suivre un parcours administratif balisé. L’enjeu est double : préserver les peuplements naturels, dont la régénération est lente, et capter la valeur ajoutée d’une plante recherchée par la recherche pharmaceutique mondiale.

Plusieurs questions opérationnelles restent en suspens : quels critères d’éligibilité pour les autorisations ? Quel ministère pilotera l’instruction des dossiers ? Quelle place pour les communautés détentrices des savoirs traditionnels liés au bwiti ? La crédibilité du dispositif dépendra de la transparence des procédures et de la capacité de l’administration à arbitrer entre intérêts économiques et impératifs de conservation.

Pour les investisseurs et partenaires internationaux, le message est clair : l’iboga n’est plus une ressource d’accès libre. Le Gabon, qui multiplie les initiatives de valorisation de son capital naturel — crédits carbone, certification forestière — ajoute une nouvelle pierre à sa stratégie de souveraineté écologique. La réussite de la réforme se jugera à l’aune des moyens humains et techniques consacrés à son application. Le nouveau régime d’autorisation est désormais en vigueur.