
Nord du Niger : ce que la crise de l’eau et de l’électricité change déjà dans la vie des habitants
Nord du Niger : après des mois de perturbations, des réactions contrastées et des perspectives incertaines
La crise de l’eau et de l’électricité dans le nord du Niger ne se limite plus aux simples désagréments quotidiens. Elle suscite des réactions de plus en plus vives et pose la question de la suite des événements. Les déclarations officielles sur les capacités énergétiques du pays ne suffisent plus à masquer une réalité persistante : à Agadez, Arlit et Tchirozérine, les populations vivent depuis des mois au rythme de coupures répétées, avec des conséquences directes sur l’accès à l’eau potable, les soins de santé et l’activité économique.
Une situation qui s’installe et qui interpelle
Depuis plusieurs mois, la région d’Agadez fait face à des perturbations récurrentes de l’alimentation électrique. En mai, les autorités régionales avaient elles-mêmes reconnu l’existence de difficultés dans la fourniture d’électricité et d’eau, dépêchant des responsables auprès de la NIGELEC et de la Nigérienne des Eaux pour évaluer la situation. En juillet, des délestages répétés étaient encore signalés à Arlit, perturbant le fonctionnement des services de santé. Les autorités locales s’étaient rendues dans le district sanitaire pour mesurer l’impact de ces coupures sur les soins.
À Agadez, Arlit et Tchirozérine, la NIGELEC avait annoncé des délestages liés à des travaux de maintenance sur les infrastructures de la centrale à charbon de SONICHAR. Mais pour les habitants, l’explication technique ne change rien à l’expérience quotidienne : lorsque le courant disparaît, maisons, commerces et services essentiels sombrent dans l’obscurité. Dans certaines localités isolées, des habitants rapportent des périodes sans électricité pouvant atteindre plusieurs semaines. Ces témoignages, qui restent à vérifier localité par localité, traduisent un sentiment d’abandon profondément ancré.
Quand l’électricité fait défaut, l’eau se raréfie
La crise énergétique aggrave la crise hydrique. Les deux sont intimement liées : lorsque les installations de pompage dépendent de l’électricité et que celle-ci fait défaut, l’approvisionnement en eau s’effondre à son tour. À Agadez, les responsables de la Nigérienne des Eaux avaient reconnu en mai que la production disponible ne couvrait pas les besoins de la population. La production atteignait alors environ 19 500 m³, un niveau inférieur à la demande. Quelques semaines plus tard, la situation restait préoccupante. Des informations publiées en juillet faisaient état d’une pénurie simultanée d’eau potable, d’électricité, de gaz domestique et de carburant dans les principales villes de la région.
Pour de nombreux habitants, la conséquence est brutale : quand l’eau courante manque, il faut se tourner vers d’autres sources. Dans les zones où les alternatives sont rares, des populations se retrouvent contraintes de puiser dans les marigots pour leurs besoins quotidiens.
Des chiffres nationaux qui ne reflètent pas la réalité locale
Le gouvernement nigérien affirme vouloir renforcer la production électrique. En juillet, la ministre de l’Énergie annonçait une capacité installée nationale de 420 MW, pour une puissance effectivement disponible de 294 MW. Mais la même présentation révélait que la zone Nord ne disposait que de 16 MW de puissance disponible. Le contraste est frappant entre les annonces nationales et la réalité vécue dans les villes du nord. Augmenter les capacités globales ne suffit pas si, dans les zones éloignées, l’électricité n’atteint pas régulièrement les ménages.
Des besoins élémentaires, des attentes pressantes
L’eau et l’électricité ne sont pas des services accessoires. Ils conditionnent la santé, l’activité économique, l’éducation, le fonctionnement des commerces et, plus largement, les conditions de vie. Le régime du général Abdourahamane Tiani peut mettre en avant les investissements, les nouvelles capacités énergétiques ou les projets d’infrastructures. Mais sur le terrain, les populations jugent aussi les résultats à l’aune d’une question simple : y a-t-il de l’eau au robinet ? Y a-t-il de l’électricité lorsque la nuit tombe ?
Dans plusieurs localités du nord du Niger, ces questions restent ouvertes. Et lorsque des familles doivent attendre des jours, voire selon certains témoignages plusieurs semaines, pour retrouver une alimentation électrique normale, tandis que l’accès à l’eau demeure insuffisant, la promesse de changement se heurte à une réalité difficile à masquer. Le nord du Niger ne réclame pas seulement des annonces. Il réclame de l’eau, de la lumière et des services qui fonctionnent.