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Niger : quand l’exclusion des mohamid frappe l’économie et les droits fondamentaux

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Des infrastructures vitales fermées à l’encontre d’une communauté entière

Au Niger, un décret radio signé par le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique, diffusé le 7 octobre 2026, frappe de plein fouet la communauté arabe des Mohamid. Les instructions, déjà exécutées, ordonnent la fermeture des écoles accueillant principalement des enfants mohamid, le blocage des forages desservant leurs villages et la suspension des soins de santé pris en charge collectivement. Pire encore, la délivrance et le retrait massif des documents d’identité — cartes nationales, passeports et actes de naissance — rendent invisibles des milliers de citoyens. Cette politique ne cible pas des individus, mais une communauté dans son ensemble, transformant l’accès à l’éducation, à l’eau, aux soins et à la citoyenneté en armes de sanction collective.

L’identité, l’eau et l’éducation : des droits transformés en otages politiques

Ces mesures brutales ont des répercussions immédiates et durables. Priver des enfants mohamid de leur droit à l’école, c’est hypothéquer leur avenir et creuser le fossé des inégalités. Dans une région sahélienne où chaque goutte d’eau compte, la fermeture des forages prive des familles et des éleveurs d’une ressource vitale. Quant à la suspension des soins, elle expose les plus vulnérables à des risques sanitaires accrus. Mais le plus inquiétant reste le retrait des documents administratifs : sans pièce d’identité, plus de possibilité de travailler légalement, d’accéder aux banques, de voyager ou même de scolariser ses enfants. Ces restrictions ne sont pas des mesures de sécurité, mais des outils de précarisation systématique.

Une logique de culpabilité collective aux antipodes du droit

Le régime du général Abdourahamane Tiani justifie parfois ces actions au nom de la lutte antiterroriste, notamment dans l’est du pays où les tensions persistent. Pourtant, aucun État ne peut légitimer la punition d’une communauté entière pour des actes commis par quelques-uns. La responsabilité pénale est individuelle, et l’appartenance ethnique ou sociale ne peut servir de preuve de culpabilité. Si des irrégularités existent dans l’utilisation des services publics, des enquêtes ciblées et des sanctions individualisées doivent être mises en place — jamais des mesures collectives fondées sur l’origine.

Un contexte politique qui aggrave la crise des droits fondamentaux

Depuis le coup d’État de juillet 2023, qui a renversé le président Mohamed Bazoum, le Niger est dirigé par une junte militaire. Les restrictions des libertés se multiplient : dissolution des partis politiques, répression des médias, détentions arbitraires et déchéance de nationalité à l’encontre d’opposants en exil. Ces décisions, bien que différentes dans leur formulation, partagent une même logique : l’utilisation de l’administration comme outil de contrôle et de sanction. Les mesures contre les Mohamid s’inscrivent dans cette dynamique, interrogeant la légitimité d’un État qui sacrifie les droits fondamentaux au nom d’une sécurité mal définie.

Crible économique et social : qui paiera le prix de ces exclusions ?

L’impact des sanctions contre les Mohamid dépasse largement les frontières de leur communauté. Leur exclusion du système éducatif et sanitaire prive l’économie locale de compétences futures. La fermeture des forages perturbe les activités pastorales, essentielles pour des milliers de familles. Les commerçants mohamid, souvent impliqués dans les échanges transfrontaliers, voient leurs activités paralysées, ce qui affecte indirectement toute la région. Et que dire de la précarisation administrative ? Sans documents officiels, plus de possibilité de signer des contrats, d’accéder aux crédits ou de participer à la vie publique. Ces mesures, loin de renforcer la sécurité, menacent la cohésion sociale et le développement économique du Niger.

Illustration des conséquences de l'exclusion des Mohamid au Niger
Les écoles fermées, les forages à sec et les soins suspendus : l’exclusion des Mohamid aggrave les crises humanitaires et économiques dans l’est du Niger.

Que faire face à des mesures aussi disproportionnées ?

Face à ces violations flagrantes, plusieurs pistes s’imposent. D’abord, suspendre immédiatement l’application des mesures collectives visant les Mohamid et réouvrir les infrastructures fermées. Ensuite, garantir un accès inconditionnel à l’éducation, à l’eau et aux soins pour tous, sans distinction d’origine. Enfin, mettre en place des mécanismes de recours effectifs pour les personnes affectées, avec des enquêtes indépendantes pour établir les responsabilités et évaluer les conséquences humaines. L’État doit protéger ses citoyens, pas les punir collectivement. La sécurité ne peut justifier la discrimination, et la souveraineté ne doit pas rimer avec arbitraire.

Le test de la crédibilité du régime

Les autorités nigériennes ont aujourd’hui l’opportunité de démontrer qu’elles placent les droits humains au-dessus des calculs politiques. En révisant ces mesures, elles enverraient un signal fort : un État digne de ce nom ne sacrifie pas ses citoyens pour des raisons sécuritaires fallacieuses. Le général Tiani et son gouvernement devront répondre à une question simple : une sécurité obtenue au prix de l’injustice collective est-elle encore une sécurité ?

Dans un pays déjà fragilisé par l’insécurité et les crises politiques, l’exclusion des Mohamid n’est pas une solution. C’est un aveu d’échec et une menace pour l’avenir du Niger. Il est temps de mettre fin à cette logique de sanction collective et de restaurer l’égalité devant la loi.

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Alice Ntamag

Journaliste