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Niger : la junte militaire accentue la répression des droits humains

Niger : la junte militaire accentue la répression des droits humains

Dix-huit mois après le coup d’État du 26 juillet 2023 qui a renversé le président élu Mohamed Bazoum, la junte militaire nigérienne du CNSP durcit son emprise sur le pays. Entre arrestations arbitraires, détentions abusives, restrictions médiatiques et interdiction des partis politiques, les manquements aux droits humains se multiplient. Un rapport d’Amnesty International, intitulé « Niger : menacés et muselés, les droits humains sous pression depuis le coup d’État », documente ces violations entre juillet 2023 et janvier 2025. Les voix dissidentes et les anciens responsables du régime subissent une répression systématique, affaiblissant davantage l’espace civique et politique, et creusant les divisions au sein de la société.

Le CNSP avait justifié le putsch par un discours souverainiste dénonçant la « dégradation sécuritaire » et la « mauvaise gouvernance ». Pourtant, les promesses de respect de l’État de droit semblent aujourd’hui oubliées.

Un État de droit en voie de disparition

À son arrivée au pouvoir, le général Abdourahamane Tiani s’était engagé à garantir les droits humains et les libertés civiles, conformément aux engagements internationaux du Niger. Dix-huit mois plus tard, la réalité est tout autre. « Malgré les assurances des autorités, les droits humains ont été systématiquement bafoués, tant dans la législation que dans les faits », déclare Marceau Sivieude, directeur régional par intérim d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. Le recul législatif est flagrant.

Dès leur prise de pouvoir, les militaires ont suspendu la Constitution de 2010 ainsi que des institutions clés comme la Commission nationale des droits de l’homme. Les nouvelles structures promises tardent à se concrétiser, laissant le CNSP concentrer l’ensemble des pouvoirs exécutifs et législatifs. Le pays est désormais gouverné par ordonnances, souvent restrictives.

Parmi les mesures les plus controversées :

  • Le rétablissement de la loi de 2019 sur la cybercriminalité, qui permet depuis juillet 2024 de condamner des citoyens pour diffamation, injure ou diffusion de contenus jugés « troublants pour l’ordre public ». Une formulation suffisamment vague pour cibler un large éventail d’opposants.
  • L’élargissement de la définition des infractions terroristes via une ordonnance d’août 2024, autorisant le fichage de personnes et groupes supposément impliqués. Une fois inscrit sur cette liste, un citoyen risque le gel de ses avoirs, voire la déchéance de sa nationalité.

Depuis octobre 2024, 21 personnes ont déjà été victimes de cette mesure, dont plusieurs anciens ministres du gouvernement Bazoum. Hamid Ngadé, ancien conseiller en communication de la présidence, témoigne : « Je n’ai que la nationalité nigérienne, et cette déchéance provisoire pourrait me rendre apatride. Je ne compte pas la contester, car il n’y a plus d’État de droit au Niger. »

Cette dérive est vivement dénoncée par Amnesty International : « Cette ordonnance prive les citoyens de leurs droits fondamentaux en raison de leurs opinions contraires au pouvoir », alerte Ousmane Diallo, chercheur spécialiste du Sahel.

Dans ce contexte, le pluralisme politique a presque disparu. Les partis politiques sont suspendus depuis le coup d’État, annihilant tout contre-pouvoir institutionnel.

Une société civile et des médias sous surveillance accrue

Depuis son accession au pouvoir, la junte nigérienne a renforcé son arsenal répressif, étouffant la société civile et les médias. Derrière les discours sur la souveraineté et l’ordre public, la répression s’intensifie, instaurant un climat de peur et d’autocensure généralisée.

Les services de renseignement, notamment la DGSE, sont accusés de disparitions forcées, d’arrestations arbitraires et de détentions prolongées, malgré les démentis des autorités. Moussa Tchangari, figure emblématique de la société civile, en a fait les frais. Arrêté violemment à son domicile le 3 décembre 2024, il a été détenu au secret pendant plusieurs jours avant d’être inculpé pour « apologie du terrorisme », « atteinte à la sûreté de l’État » et « association de malfaiteurs ». Il risque jusqu’à dix ans de prison.

La répression cible tous ceux qui osent critiquer le pouvoir : arrestations sur le lieu de travail, harcèlement, menaces constantes. Le régime alimente une fracture sociale en opposant les « patriotes » aux « apatrides », terme utilisé pour discréditer les détracteurs de sa gouvernance.

« Nous vivons dans un état d’exception qui menace gravement les organisations de la société civile. Les gens ont peur de s’exprimer ou d’organiser des activités perçues comme critiques envers les autorités », témoigne un responsable associatif à Niamey.

Autrefois espace de mobilisation, la plateforme des organisations de la société civile est aujourd’hui fragilisée par les divisions et la répression.

La presse étouffée sous le poids de la censure

Après avoir restreint la liberté d’expression, le CNSP s’attaque frontalement à la liberté de la presse. En janvier 2024, la Maison de la presse a été suspendue et remplacée par un comité intérimaire inféodé au pouvoir. Depuis, la surveillance des médias s’est intensifiée.

RFI et France 24 avaient été suspendus dès août 2023, suivis par BBC en décembre 2024 pour trois mois.

Les journalistes ne sont pas épargnés. Ousmane Toudou, ancien conseiller de Mohamed Bazoum, et Soumana Maïga, directeur de publication d’un quotidien, ont été arrêtés en avril 2024 pour des publications sur les réseaux sociaux. Jugés devant un tribunal militaire alors qu’ils sont civils, Maïga a obtenu une liberté provisoire, tandis que Toudou reste détenu. La blogueuse et militante Samira Sabou a, quant à elle, été victime d’une disparition forcée avant d’être poursuivie sous le coup de la loi sur la cybercriminalité de 2019.

Face à cette répression, « l’autocensure s’impose ». Les sources refusent de témoigner à visage découvert, et les journalistes pèsent chaque mot. « Maintenant, quand tu écris, tu es obligé de réfléchir à deux fois. Il n’y a plus personne pour défendre la presse », confie l’un d’eux à Amnesty International.

Ousmane Diallo, chercheur spécialiste du Sahel, rappelle l’importance cruciale de ces libertés : « La liberté d’expression, la dissidence et la liberté de la presse sont essentielles à la jouissance d’autres droits et à l’obligation pour le gouvernement de rendre des comptes. Le Niger se trouve à un tournant décisif. »

Fin février, le rapport des assises nationales a recommandé une transition de cinq ans, renouvelable, avec la possibilité pour les dirigeants actuels de se présenter aux prochaines élections. Une perspective qui confirme l’ancrage du pouvoir militaire et éloigne davantage le Niger d’un retour à l’État de droit.