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Niger-Cédéao : comment mettre fin au froid diplomatique ?

PolitiqueNiger

Niger-Cédéao : comment mettre fin au froid diplomatique ?

Reliou Koubakin
25 juillet 2026

Trois ans après avoir renversé Mohamed Bazoum, les militaires au pouvoir à Niamey ont toujours des relations difficiles avec la Cédéao qui avait condamné leur putsch.

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Niger, Niamey, 2026 | Le président Romuald Wadagni en visite au Niger (02.06.26)

Nous sommes le 30 juillet 2023, soit quatre jours après le putsch contre le président Mohamed Bazoum.

La Cédéao demande au CNSP de rétablir dans ses fonctions le président déchu. L’organisation annonce des sanctions et menace d’utiliser la force.

L’ultimatum de la Cédéao est considéré le lendemain comme une déclaration de guerre par le Mali et le Burkina Faso, deux pays dirigés également par des militaires. Il est dès lors difficile de prendre le Niger isolément dans sa relation avec la Cédéao sans le Mali et le Burkina. 

Les trois pays forment d’ailleurs plus tard l’Alliance des Etats du Sahel, premier pas concret vers leur rupture avec l’organisation sous-régionale. Le retrait des trois pays de la Cédéao est officiel depuis fin janvier 2025… mais les deux blocs se parlent encore.  

Accra, Ghana, 2023 | Les chefs des forces de défense de la CEDEAO se concertent sur une éventuelle intervention au Niger (18.08.23)

Lansana Kouyaté en médiateur 

Pape Ibrahima Kane, spécialiste des organisations internationales, explique ainsi que les pays de l’AES ont accepté la désignation de l’ex-Premier ministre guinéen, Lansana Kouyaté, comme négociateur principal de la Cédéao avec l’AES.  

« A la récente réunion de la Cédéao qui s’est tenue samedi (18.07.2026) à Freetown, la Cédéao a instruit le nouveau président de la Commission de la Cédéao, le Sénégalais Birame Diop, de tout mettre en œuvre pour que les premières discussions tournent autour des questions de sécurité de la région. »    

« On est au début d’un processus très prometteur parce que les deux parties sont vraiment sur la même longueur d’ondes pour engager la discussion », poursuit-il.  

Alors, la particularité du Niger, précise le spécialiste, c’est qu’il dépend du Nigeria et du Bénin, deux pays de la Cédéao donc, pour son accès à l’électricité et au port de Cotonou. Pape Ibrahima Kane est persuadé que Lansana Kouyaté va examiner cette spécificité et celle de l’AES avec la Cédéao.   

« Les deux parties sont vraiment sur la même longueur d’ondes pour engager la discussion » (Pape Ibrahima Kane)

Romuald Wadagni tente la décrispation 

Autre bonne nouvelle pour un maintien du dialogue, c’est la nomination de Bassirou Diomaye Faye comme président en exercice de la Cédéao. Celui-ci s’était déjà rendu en mai 2024, juste après son élection, dans les pays de l’AES. Puis, il y a l’arrivée au pouvoir au Bénin de Romuald Wadagni. Il a choisi de se rendre en premier au Niger, juste après son investiture, avant des visites au Burkina Faso et au Mali. 

« Ils (Bassirou Diomaye Faye et Romuald Wadagni) sont en bien meilleure position que les autres (Alassane Ouattara, Patrice Talon, Macky Sall) qu’on accusait de tous les noms d’oiseaux. Il y a aussi une nouvelle équipe qui va s’installer au niveau d’Abuja à la Cédéao et qui va commencer à dérouler un programme qui sera moins marqué que ne l’était l’ancien programme », fait remarquer Pape Ibrahima Kane sur la DW. 

Sahanine Mahamadou est conseiller spécial de Mohamed Bazoum en charge des ONG et responsable de la cellule affaires coutumières, religieuses, sociales et humanitaires. Pour lui, la Cédéao a toujours souhaité le dialogue avec le Niger.  

« Ce sont toujours les militaires qui n’ont pas voulu du dialogue. Si réellement, ces gens sont véritablement des vrais patriotes, ils doivent chercher des débouchés pour laisser place aux civils, parce que le monde a évolué, il n’est plus possible pour des militaires de gérer le pays dans nos Etats. »

En s’exprimant ainsi, Sahanine Mahamadou souhaite en filigrane le retour au pouvoir de Mohamed Bazoum. Le président nigérien déchu n’a toujours pas signé sa lettre de démission. En mars dernier, une résolution du Parlement européen a condamné quasiment à l’unanimité la détention de Mohamed Bazoum et de son épouse. Le texte non contraignant appelle aussi à leur libération immédiate. Ce texte a suscité le courroux de Niamey qui dénonce de l’ingérence et du paternalisme.

France, Paris | Manifestation en faveur du président Mohamed Bazoum devant l'ambassade du Niger (05.08.23)

Le sort de Mohamed Bazoum

Pour Jérôme Pigné, président et fondateur du Réseau de réflexion stratégique sur la sécurité au Sahel, se pose une question : comment l’UE doit faire valoir ses valeurs auprès du Niger tout en maintenant le dialogue avec Niamey ? 

« Evidement que la question de la détention illégale du président Mohamed Bazoum est un caillou dans la chaussure de l’Union européenne quand elle veut parler au Niger. Mais de manière générale, il faut savoir ce que les Européens veulent. Est-ce que c’est s’asseoir sur ses principes au nom de la realpolitik ? C’est un jeu d’équilibriste, pour l’instant, personne n’a trouvé la solution. »       

Jérôme Pigné rappelle que le Niger était un partenaire historique de l’UE. Celle-ci serait en train de « repenser son schéma de coopération avec le Niger comme avec les voisins ». « Le dialogue, il est nécessaire, il existe », indique Jérôme Pigné.  

Dans une étude parue en mars dernier, la fondation allemande pour l’économie et la politique basée à Berlin (SWP) écrivait que « l’Europe devrait proposer aux régimes militaires actuels un soutien de grande envergure pour stabiliser leurs pays ».

Le soutien européen pourrait passer par le renforcement de la coopération militaire et en matière de sécurité. « La mise à disposition d’informations issues des services de renseignements, la fourniture de matériel militaire ainsi que des investissements dans la formation des forces de sécurité pourraient également en faire partie. »

D’après la SWP, l’UE peut aussi aider dans l’amélioration de la situation économique au Niger et dans les autres pays du Sahel. Elle exhorte à la poursuite du dialogue politique avec les acteurs politiques et sociaux de la région. « L’Europe ne devrait pas espérer pouvoir amener les juntes à changer de comportement. »