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Monnaie de l’AES : les réactions qui s’amplifient après les déclarations d’Ibrahim Traoré

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Monnaie de l’AES : les réactions qui s’amplifient après les déclarations d’Ibrahim Traoré

L’Alliance des États du Sahel (AES) reste au cœur des discussions économiques régionales, mais l’absence d’annonces concrètes concernant une monnaie commune suscite désormais des réactions variées. Lors de son intervention publique, le président burkinabè Ibrahim Traoré a une nouvelle fois choisi la prudence, laissant planer le doute sur les prochaines étapes du projet. Quelles sont les implications de ce silence et quelles perspectives se dessinent pour les citoyens et les acteurs économiques ?

Ibrahim Traoré, président du Burkina Faso

Une monnaie commune encore en suspens : ce qu’il faut retenir des propos d’Ibrahim Traoré

Interrogé sur l’avancement du projet d’une monnaie propre à l’AES, Ibrahim Traoré a une nouvelle fois adopté une position mesurée. Aucune date butoir, aucun nom de devise ni mécanisme de mise en œuvre n’a été dévoilé. Le président burkinabè s’est contenté d’évoquer une étude en cours, sans préciser si les trois pays membres (Burkina Faso, Mali, Niger) étaient proches d’une décision. Cette prudence alimente les spéculations, alors que les réseaux sociaux bruissent d’informations non confirmées évoquant une circulation imminente de billets.

Pour l’heure, les trois États utilisent toujours le franc CFA, émis par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest. Aucune transition officielle n’a été annoncée, et les autorités de l’AES ont d’ailleurs pris soin de démentir plusieurs rumeurs circulant sur une possible sortie du système actuel. Cette opacité entretient un climat d’incertitude économique, d’autant plus que les citoyens et les entreprises des États membres attendent des clarifications.

Les démentis officiels : une stratégie pour éviter les emballements médiatiques

Plusieurs annonces relayées sur les plateformes numériques ont été présentées comme des décisions de l’AES, alors qu’elles n’avaient pas été validées par les instances compétentes. Face à cette situation, les responsables de l’Alliance ont multiplié les mises au point pour rappeler que aucune monnaie commune n’est sur le point d’être lancée. Ces précautions visent à éviter toute confusion, mais elles renforcent aussi le sentiment de flou persistant autour du projet.

Dans ce contexte, les observateurs s’interrogent : la création d’une monnaie propre à l’AES est-elle encore une priorité politique, ou s’agit-il d’un dossier en suspens, relégué au second plan ? Les déclarations d’Ibrahim Traoré, bien que prudentes, laissent entrevoir une volonté de souveraineté monétaire, mais sans échéancier précis.

Souveraineté monétaire : un enjeu bien plus large que la simple création de billets

Pour Ibrahim Traoré, la question d’une monnaie propre ne se limite pas à l’impression de nouveaux billets. Elle englobe une série de défis économiques et institutionnels majeurs. Une sortie du franc CFA impliquerait en effet :

  • La gestion des réserves de change : une nouvelle devise nécessiterait la constitution de réserves suffisantes pour garantir sa stabilité.
  • Une politique de change commune : les États membres devraient s’accorder sur des règles pour éviter les dévaluations compétitives.
  • Le financement des économies locales : une banque centrale commune serait indispensable pour soutenir les projets structurants.
  • La stabilité des prix : une transition monétaire réussie dépendrait de la maîtrise de l’inflation et de la confiance des populations.

À ce stade, l’AES a déjà initié des mécanismes financiers communs, notamment pour soutenir les investissements dans les infrastructures et les secteurs clés. Ces avancées, bien que notables, ne constituent pas pour autant une preuve que la monnaie commune est en passe de voir le jour. Leur mise en place répond davantage à une logique d’intégration progressive qu’à une préparation concrète au lancement d’une devise.

Un projet qui dépasse la simple dimension économique

La création d’une monnaie propre à l’AES s’inscrit dans une dynamique plus large de souveraineté économique et financière. Ibrahim Traoré a maintes fois souligné que cette souveraineté était un prolongement logique de la coopération engagée avec le Mali et le Niger. Pourtant, le chemin à parcourir est semé d’embûches :

  • La coordination entre les trois États : chaque pays a ses propres priorités économiques et politiques.
  • La résistance des institutions régionales : la BCEAO (Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest) n’a pas encore été officiellement associée aux discussions.
  • Les attentes des populations : les citoyens attendent des résultats concrets, alors que les promesses de souveraineté monétaire s’accumulent sans se concrétiser.

Le passage à une monnaie commune représenterait une transformation radicale pour les économies des trois États, avec des répercussions sur :

  • Les entreprises : gestion des coûts, des contrats et des échanges transfrontaliers.
  • Les banques : adaptation des systèmes de paiement et de crédit.
  • Les finances publiques : gestion de la dette et des recettes fiscales.
  • Les ménages : épargne, pouvoir d’achat et confiance dans le système bancaire.

Et maintenant ? Les perspectives après le silence d’Ibrahim Traoré

Face à l’absence de calendrier, les réactions se multiplient. Les analystes économiques soulignent que le projet, bien que porteur d’espoir, reste une équation complexe. Certains estiment que les États membres pourraient privilégier une approche progressive, en développant d’abord des instruments financiers communs avant d’envisager une monnaie unique. D’autres, plus sceptiques, y voient un projet ambitieux, mais difficile à concrétiser à court terme.

Ce qui est certain, c’est que le silence d’Ibrahim Traoré ne signifie pas l’abandon du projet. Il reflète plutôt une volonté de ne pas précipiter les choses, dans un contexte où les défis économiques et politiques sont immenses. Les prochains mois seront déterminants : les trois États devront clarifier leurs intentions et publier un cadre commun pour rassurer populations et investisseurs.

En attendant, une question persiste : la monnaie de l’AES verra-t-elle le jour ? La réponse dépendra largement de la capacité des dirigeants à transformer les promesses en actions. Une chose est sûre : le suspense continue de nourrir les débats, tant au sein de l’AES qu’à l’échelle du continent africain.

Alice Ntamag

Analyste économie et politique