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Actualités du Burkina Faso : politique, sécurité, économie et société, sans compromis éditoriaux.

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Menace jihadiste en afrique de l’ouest : quand la guerre économique gagne les côtes

Une guerre économique qui s’étend au-delà du Sahel

En 2025, les groupes armés djihadistes du Sahel ont intensifié leurs offensives, menaçant directement la stabilité des régimes militaires en place. Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) et la province Sahel de l’État islamique (ISSP) ont consolidé leur emprise sur une grande partie du Mali, du Burkina Faso et du Niger, tout en étendant leurs activités vers les zones frontalières du Bénin, du Niger et du Nigeria. Cette expansion s’accompagne d’une stratégie délibérée de guerre économique, visant à paralyser les économies locales et à déstabiliser les gouvernements.

Des embargos économiques ciblant les économies régionales

Au Mali, le JNIM a imposé un embargo sur les carburants et les transports dans les villes de Kayes et Nioro du Sahel, perturbant les routes commerciales reliant Bamako aux autres régions. Cette mesure a provoqué des pénuries de carburant et une flambée des prix, affaiblissant l’autorité du régime militaire. Parallèlement, des attaques coordonnées dans les régions de Kayes, Sikasso, Koulikoro, Ségou et Mopti ont fait grimper la violence à des niveaux records, selon les données de l’ACLED.

Au Burkina Faso, le JNIM a mené des offensives continues contre l’armée et les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP). En mai 2025, le groupe a brièvement pris le contrôle des villes de Djibo et Diapaga, démontrant une capacité militaire accrue. En septembre, une embuscade meurtrière près de Koubel-Alpha, dans la province du Soum, a coûté la vie à une centaine de soldats, illustrant l’audace des djihadistes et leur volonté de saper la stabilité du pays.

Au Niger, bien que moins touché par la violence, la situation reste précaire. Les activités des groupes armés se sont étendues au-delà des zones traditionnellement instables, notamment dans le sud du Dosso et le nord de l’Agadez. L’ISSP, comme le JNIM, a recours à des tactiques de guerre économique, ciblant notamment le pipeline pétrolier Bénin-Niger dans les régions frontalières. L’enlèvement d’un citoyen américain à Niamey en octobre 2025 a confirmé la porosité des grandes villes, autrefois considérées comme sécurisées.

L’enlèvement d’étrangers : une arme économique redoutable

Les deux groupes djihadistes, JNIM et ISSP, ont multiplié les enlèvements de ressortissants étrangers, notamment au Mali et au Niger. Le JNIM cible principalement les travailleurs étrangers liés aux sites industriels, miniers et aux axes logistiques, tandis que l’ISSP étend ses actions aux ressortissants occidentaux, souvent pour des rançons élevées. Ces opérations, parfois externalisées à des réseaux criminels, visent à financer leurs activités tout en fragilisant les économies locales.

Les données de l’ACLED révèlent une hausse alarmante des enlèvements : 30 étrangers ont été pris en otage en 2025, dont 22 au Mali et 8 au Niger. Au Bénin, les fatalities ont augmenté de près de 70 % par rapport à 2024, confirmant la propagation de la violence vers les zones côtières.

L’expansion du conflit vers l’Afrique de l’Ouest côtière : un défi pour 2026

L’une des évolutions majeures de 2025 est la consolidation d’un nouveau front dans la zone frontalière entre le Bénin, le Niger et le Nigeria. Cette région, devenue stratégique pour les groupes djihadistes sahéliens et nigérians, est en train de fusionner en un espace conflictuel unique, s’étendant du Mali à l’ouest du Nigeria.

Au Bénin, le JNIM a intensifié ses opérations transfrontalières depuis l’est du Burkina Faso, causant la mort de plus de 50 soldats dans le parc W et s’avançant vers le sud dans le département du Borgou, à la frontière avec le Nigeria. Ces avancées marquent une extension géographique sans précédent des activités djihadistes. En octobre 2025, le groupe a revendiqué sa première attaque au Nigeria, confirmant l’élargissement de son champ d’action.

L’ISSP, quant à lui, renforce sa présence dans le sud-ouest du Niger, se rapprochant de la ville de Gaya, à la frontière avec le Bénin, tout en opérant dans les États de Sokoto et Kebbi au Nigeria. Les attaques contre les villages, les postes de sécurité et les infrastructures critiques se multiplient, créant un environnement propice à l’instabilité régionale.

Un risque de fragmentation politique accru

Les régimes militaires du Sahel central subissent une pression croissante, tant interne qu’externe. Au Mali et au Burkina Faso, les embargos économiques, les sièges prolongés et les offensives djihadistes affaiblissent le contrôle de l’État. Les populations civiles, prises entre les feux croisés, subissent des pénuries et une insécurité chronique, sapant la légitimité des juntes militaires.

Au Burkina Faso, l’armée et les VDP, sursollicités, peinent à contenir les avancées des groupes armés. La capacité du JNIM à s’emparer temporairement de villes importantes, comme Djibo ou Diapaga, révèle une stratégie visant à déstabiliser les capitales régionales, telles que Fada N’Gourma. Cette situation pourrait, à terme, alimenter des tensions internes et des pressions en faveur de nouveaux coups d’État, comme ceux ayant renversé les gouvernements précédents.

La faiblesse des groupes d’autodéfense, essentiels à la lutte contre les insurgés, aggrave la crise. Au Mali, de nombreuses milices Dozo ont été désarmées ou contraintes de négocier avec le JNIM, laissant les communautés locales dépendre des arrangements imposés par les djihadistes. Au Burkina Faso, les VDP, autrefois au cœur de la stratégie de mobilisation du régime, subissent de lourdes pertes et restent principalement en position défensive.

L’influence russe et ses limites

L’engagement militaire de la Russie dans la région, via le Corps africain, n’a pas permis d’endiguer la progression des groupes armés. Bien que les forces russes aient sécurisé des convois de carburant et des axes logistiques dans le sud du Mali, leur impact global reste limité. Leur rôle pourrait s’accroître en 2026, notamment pour maintenir les juntes au pouvoir dans les zones urbaines et les grands axes de transport, mais les défis sécuritaires structurels persistent.

La combinaison d’une pression militaire soutenue, de la fragmentation des forces de sécurité et du déclin de la légitimité des États augmente considérablement le risque de déstabilisation politique dans le Sahel central. Si le Mali ou le Burkina Faso devaient sombrer dans le chaos, une réaction en chaîne pourrait affecter les pays voisins, rendant 2026 une année critique pour la stabilité de l’Afrique de l’Ouest.

Conclusion : vers une crise régionale aux multiples facettes

En 2025, la guerre économique menée par les groupes djihadistes a pris une dimension régionale, s’étendant au-delà des frontières traditionnelles du Sahel. Les embargos, les enlèvements et les attaques contre les infrastructures vitales visent à étouffer les économies locales et à semer le doute sur la capacité des régimes militaires à assurer la sécurité. Avec l’expansion des conflits vers les zones côtières et la fusion des théâtres d’opération sahéliens et nigérians, la menace devient de plus en plus interconnectée.

Face à cette situation, les États de la région et leurs partenaires internationaux doivent repenser leurs stratégies pour éviter une fragmentation politique et territoriale encore plus profonde. L’année 2026 s’annonce comme un tournant décisif pour l’avenir de l’Afrique de l’Ouest.