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Menace djihadiste au Mali : l’État islamique au Sahel persiste dans le nord-est

L’État islamique au Sahel conserve ses positions dans le nord-est malien, malgré l’essor du JNIM

Dans les régions de Gao et de Ménaka, la Province sahélienne de l’État islamique (ISSP) — autrefois appelée EIGS — maintient une emprise significative sur plusieurs localités clés. Le groupe étend son influence notamment dans les zones des « 3 T » — Talataye, Tin-Hama et Tessit — ainsi que dans la commune de Labbezanga, où il exerce un contrôle territorial et une pression constante sur les populations locales.

Cette présence continue intervient alors que le JNIM capte une grande partie de l’attention médiatique, notamment après des opérations d’envergure en avril 2026. Pourtant, l’ISSP n’a pas disparu et conserve une stratégie distincte, axée sur la discrétion et la gouvernance locale plutôt que sur les attaques spectaculaires.

Une commanderie en mutation

Sous la direction d’Abou Al-Bara, qui a pris la succession d’Adnan Abu Al-Walid Sahraoui après sa disparition en 2021, l’ISSP a modifié sa tactique depuis 2020. Exit les exécutions publiques et les campagnes de terreur massive : le groupe privilégie désormais une approche plus subtile, visant à s’imposer comme une autorité locale et à sécuriser les axes stratégiques.

Cette évolution s’accompagne d’une volonté de s’attirer la sympathie des communautés, tout en maintenant une pression militaire constante. Les forces armées maliennes (FAMa) n’ont d’ailleurs pas relâché leurs efforts : une frappe aérienne menée dans la nuit du 14 au 15 mai 2026 à Bara, dans le cercle d’Ansongo, a permis de neutraliser un cadre opérationnel de l’ISSP ainsi que plusieurs de ses combattants.

Une menace ancrée le long des axes frontaliers

L’ISSP cible systématiquement les localités situées entre le Mali et le Niger, comme Talataye, Tin-Hama, Tessit, Labbezanga ou encore Ménaka. Ces zones, où transitent personnes et marchandises, sont sous son emprise : le groupe y contrôle les mouvements, impose des taxes et influence les groupes armés locaux.

Contrairement au JNIM, qui mise sur des attaques médiatisées, l’ISSP opte pour une stratégie de longue haleine. Cette différence de méthode a parfois conduit à une collaboration involontaire entre les deux groupes, notamment lors d’affrontements communs contre l’armée malienne. Pourtant, aucune alliance formelle n’a été scellée, et les tensions persistent.

Un rapport d’activité alarmant

Selon les dernières données disponibles début 2026, l’ISSP concentre 86 % de son activité en Afrique, avec une hausse des attaques motorisées, des drones armés et des pressions économiques. Le groupe a multiplié les offensives sur l’axe Ménaka – Ansongo – Tessit, ciblant infrastructures civiles et militaires. L’attaque d’un convoi escorté à Kobé, à une trentaine de kilomètres de Gao, le 7 février 2026, illustre cette stratégie de prédation.

Malgré des pertes notables, comme celle d’Abu-Bilal Al-Minuki, neutralisé lors d’une opération conjointe au Nigeria et aux États-Unis dans le bassin du lac Tchad, l’ISSP reste un acteur redoutable. Son ancrage territorial dans les « 3 T » et à Labbezanga, ainsi que sa capacité à se reconstituer, en font une menace durable pour la stabilité du nord-est malien.

Face à cette situation, la nécessité d’intensifier les opérations militaires dans les zones frontalières, notamment entre le Mali et le Niger, s’impose comme une priorité pour contrer l’expansion de l’ISSP et préserver la sécurité des populations.