Massacres au Mali : l’armée et les dozos ciblent des civils dans le centre
Des exactions meurtrières dans une zone sous influence djihadiste
Dans la région de Ségou, au Mali, des opérations militaires menées conjointement par l’armée malienne et des milices dozos ont coûté la vie à au moins 31 civils les 2 et 13 octobre 2025. Ces attaques, qui ont également entraîné l’incendie de plusieurs habitations, s’inscrivent dans un contexte de tensions persistantes avec le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda.
Un bilan humain dramatique
Le 2 octobre, dans le village de Kamona, des soldats en véhicules blindés et des miliciens dozos ont exécuté au moins 21 hommes. Dix maisons ont été réduites en cendres. Selon les témoignages recueillis, les assaillants ont accusé les habitants de collaboration avec le GSIM avant de les abattre sommairement. Seuls ceux ayant réussi à fuir ont échappé à ce sort.
Le 13 octobre, c’est dans le village de Balle, situé à une cinquantaine de kilomètres de Kamona, que neuf hommes et une femme ont été tués. Les assaillants, arrivés en pick-ups et à moto, ont également volé plus d’une centaine de têtes de bétail. Les corps retrouvés présentaient des blessures par balles, certains avec des membres fracturés.
Des accusations de complicité avec les groupes armés
Les villageois de Balle ont expliqué payer une zakat au GSIM, une taxe islamique imposée par les groupes armés dans les zones sous leur contrôle. « Nous n’avons ni soldats, ni gendarmes ici », a témoigné un habitant. « Les djihadistes règlent les conflits, mais l’armée nous considère tous comme des terroristes. »
Une réponse militaire contestée
Le chef d’État-Major malien a revendiqué une opération « reconnaissance offensive » près de Balle, affirmant avoir « neutralisé une vingtaine de terroristes ». Pourtant, aucun affrontement n’a été signalé par les témoins. Les victimes étaient des civils désarmés, exécutés à distance.
Un climat de terreur et d’impunité
Depuis 2012, le conflit au Mali a causé la mort de milliers de civils et déplacé plus de 400 000 personnes. Les forces armées maliennes, souvent soutenues par des milices locales, sont régulièrement pointées du doigt pour des exactions. Les groupes djihadistes, dont le GSIM, ne sont pas en reste. Les enquêtes menées par des organisations indépendantes révèlent des violations graves des droits humains de part et d’autre.
Les habitants de Kamona et Balle ont enterré leurs proches dans des fosses communes. Beaucoup refusent de parler par peur de représailles. « Nous avons peur que l’armée revienne », confie un survivant. « Nous n’avons plus confiance en personne. »
Le droit international face à l’impunité
Malgré le retrait du Mali de la Cour pénale internationale (CPI) en 2025, le pays reste lié au Statut de Rome jusqu’en 2026. Une enquête est en cours depuis 2013 sur les crimes présumés commis depuis le début du conflit. L’Union africaine, malgré son rôle de maintien de la paix, n’a jusqu’ici pris aucune mesure concrète pour faire cesser ces violences.
« Les autorités maliennes doivent immédiatement ouvrir une enquête transparente et traduire les responsables en justice », a réclamé une source proche des victimes. « Les massacres de Ségou ne peuvent rester impunis. »