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Maroc : un acteur clé pour apaiser les relations France-Sahel

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu s’est rendu au Maroc les 15 et 16 juillet 2026, à la tête d’une délégation ministérielle de plus d’une dizaine de membres. Cette visite, marquée par la signature d’accords bilatéraux, intervient dans un contexte où les tensions sur les droits humains au Maroc, notamment les procédures engagées contre un journaliste et un artiste, suscitent des interrogations. Mehdi Alioua, sociologue à l’université internationale de Rabat et spécialiste des migrations, éclaire les enjeux de ces relations complexes entre Paris et Rabat, ainsi que leur impact sur l’Afrique subsaharienne.

Mehdi Alioua, sociologue marocain

Le Maroc, un partenaire inattendu en Afrique subsaharienne

La France et le Maroc entretiennent des relations étroites, mais une dynamique nouvelle se dessine en Afrique subsaharienne. Alors que Paris voit son influence décliner dans certains pays du Sahel, Rabat renforce sa présence économique et diplomatique. Mehdi Alioua analyse cette évolution :

« Oui et non. Non, car une grande partie des investissements marocains sont réalisés en joint-venture avec des entreprises françaises ou en accord avec la diplomatie parisienne. Il existe donc une coopération solide entre le Nord et le Sud, mais aussi entre le Sud et le Sud. Cependant, oui, car le Maroc a développé des investissements 100 % marocains, portés par une diplomatie africaine ambitieuse, clairement affichée par le Roi Mohammed VI. »

Un rôle potentiel pour le Maroc dans la stabilisation du Sahel

Les relations entre la France et les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) traversent une période de tensions, notamment au Mali. Dans ce contexte, le Maroc pourrait-il jouer un rôle dans l’apaisement des relations ?

Selon Mehdi Alioua, Rabat tente activement de contribuer à une meilleure entente. « La dégradation des relations ne concerne pas les peuples, mais davantage les gouvernements. Au Mali, par exemple, de nouveaux régimes politiques ont instrumentalisé un sentiment anti-français à des fins populistes. Ce n’est pas ainsi que la diplomatie marocaine opère. »

Il rappelle également l’héritage historique du Maroc en Afrique de l’Ouest : « Les liens entre le Maroc et les pays sahéliens remontent à des millénaires, bien avant l’islam. Une dynastie marocaine, les Almoravides, a même donné le mot français « marabout ». Leur empire s’étendait de l’Espagne à la Guinée, incluant l’actuel Mali. Ces relations séculaires permettent au Maroc de s’appuyer sur une diplomatie réactive et ancrée dans cette région. »

Droits humains au Maroc : entre progrès et inquiétudes

Récemment, des figures critiques du gouvernement marocain, comme le journaliste franco-marocain Ali Lmrabet et le rappeur Mehdi Black Wind, ont été interpellées. Faut-il s’en alarmer ?

Mehdi Alioua nuance : « Toute arrestation de journalistes ou d’artistes doit alerter. Cependant, au Maroc, la justice mène ses enquêtes de manière indépendante, et les personnes concernées peuvent se défendre. Le journaliste a été libéré sous contrôle judiciaire, tandis que le second cas reste flou. Des associations de défense des droits humains se mobilisent activement. Le Maroc a accompli des progrès notables en matière de respect des libertés, mais certains réflexes du passé persistent. »

Le Maroc peut-il rivaliser avec l’attractivité de la France ?

La question de l’influence marocaine en Afrique subsaharienne se pose : le Maroc peut-il attirer autant que la France ?

« Non, pas encore, répond Mehdi Alioua. Mais le Maroc gagne en attractivité. L’organisation de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) en est un exemple : le pays a investi massivement, mais cette stratégie suscite des débats internes. Les jeunes marocains s’interrogent sur l’utilisation des fonds, tandis que la société africaine peut rapidement changer d’avis, comme l’a montré la polémique autour du match Maroc-Sénégal. Une diplomatie humble et mesurée est essentielle pour éviter les revers. »

Il conclut : « Le Maroc n’égalera pas l’attractivité de la France tant qu’il restera un pays à revenu intermédiaire. Cependant, une fois son développement économique accéléré, son influence pourrait dépasser celle de Paris. »