Mali : l’offensive jihadiste et séparatiste ébranle le nord et menace Bamako
Une avancée militaire spectaculaire des groupes armés dans le nord du Mali
La situation sécuritaire au Mali connaît une détérioration alarmante en ce début du mois de mai 2026. Les forces du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) ainsi que celles du Front de libération de l’Azawad (FLA) ont lancé une offensive éclair, s’emparant de plusieurs localités stratégiques du Nord. La prise de Kidal marque le point de départ d’une série de revers militaires pour les autorités maliennes et leurs alliés, notamment les Forces armées maliennes (FAMa) et leurs partenaires russes d’Africa Corps.
Un scénario rappelant tragiquement les erreurs du passé
Les villes de Tessalit et Aguelhoc, autrefois sous contrôle gouvernemental, sont désormais aux mains des groupes armés. Les images de Seidane Ag Hitta, porte-parole du JNIM, exhibant les clés des camps militaires de Tessalit, symbolisent l’humiliation subie par l’État malien. Depuis le 25 avril, les pertes s’enchaînent : Ber, Tessit, Hombori et Gourma Rharous sont tombées, plongeant les villes de Gao et Tombouctou dans un état de crise aiguë.
Bamako résiste mais reste sous la menace d’un blocus total
Malgré l’onde de choc provoquée par ces événements, les autorités de Bamako affichent une détermination sans faille. Le général Assimi Goïta a lancé un appel solennel à la « mobilisation nationale », excluant toute négociation sous la pression des groupes armés.
La réponse militaire s’articule autour de deux axes principaux :
- Opérations aériennes et terrestres : L’armée malienne intensifie ses frappes ciblées, notamment à Kidal, où des infrastructures logistiques et des positions rebelles sont détruites. Bien que les indépendantistes du FLA contestent ces affirmations, Bamako revendique avoir « neutralisé plusieurs éléments terroristes ».
- Approvisionnement vital : Un convoi exceptionnel de 800 camions-citernes a réussi à briser le blocus jihadiste des axes routiers, grâce à une escorte aérienne et terrestre, permettant d’acheminer des ressources essentielles vers la capitale.
À Moscou, le Kremlin, par la voix de Dmitri Peskov, a réitéré son soutien inconditionnel au gouvernement de transition malien, écartant toute idée de retrait des forces russes malgré les pertes enregistrées à Kidal.
Le JNIM mise sur une stratégie politique pour s’imposer
Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) opère un virage significatif dans sa communication. Dans un communiqué publié dans la nuit du 30 avril, le groupe abandonne temporairement son discours belliqueux pour adopter une rhétorique politique, s’adressant directement aux « forces vives de la nation », aux partis politiques et aux autorités religieuses.
Le JNIM propose la formation d’un « front commun » visant à instaurer une « transition apaisée » et à mettre fin à ce qu’il qualifie de « dictature de la junte ». En utilisant des termes comme « souveraineté » et « dignité », le groupe cherche à gagner en crédibilité auprès d’une population épuisée par des années de conflit. Cependant, son objectif ultime reste inchangé : l’instauration d’un régime fondé sur la Charia.
Un ancien membre de l’opposition malienne, sous couvert d’anonymat, a confié : « Face à l’impasse actuelle, certains envisagent le dialogue avec l’ennemi comme une solution, même si cela signifie composer avec le diable. » Cette réflexion reflète les divisions profondes au sein de la classe politique malienne.
Une crise multidimensionnelle pour le régime de transition
Le pouvoir en place à Bamako fait face à une pression sans précédent. Le procureur de la République de Bamako a annoncé l’arrestation de plusieurs militaires maliens, soupçonnés d’avoir facilité les avancées des groupes armés lors des attaques récentes.
Entre l’avancée territoriale des rebelles, la proposition politique ambiguë du JNIM et les conséquences économiques du blocus, le gouvernement de transition malien traverse la période la plus critique de son existence. La bataille pour l’avenir du Mali ne se limite plus aux vastes étendues désertiques du Nord, mais s’étend désormais au cœur même de la légitimité politique de Bamako.