Mali: l’escalade des combats entre djihadistes et rebelles menace Bamako et les civils
Quand le conflit malien s’étend à la diplomatie
Au Mali, une interrogation domine : qui contrôle encore le terrain, et à quel prix pour les populations civiles ? Dans le nord comme aux abords de Bamako, la réponse ne repose pas sur un camp clairement identifié, mais sur un entrelacs de rébellions, de groupes djihadistes, de forces gouvernementales et de soutiens étrangers.
Le conflit trouve ses racines dans la crise de 2012, quand le nord du pays a sombré entre soulèvement touareg et expansion djihadiste, dans un contexte d’effondrement de l’État après le putsch de mars 2012. Depuis, la guerre a muté, mais elle n’a jamais cessé.
La reconquête de Kidal par l’armée malienne en novembre 2023 a constitué un tournant emblématique. Cette cité du nord-est, fief historique des rebelles touaregs, était un point d’équilibre dans le rapport de force. Cependant, sa prise n’a pas clos la crise. Au contraire, elle a alimenté une nouvelle vague d’affrontements et de représailles.
Ce que révèle le terrain
Depuis 2024, la situation s’est encore durcie. En septembre 2024, le GSIM, groupe djihadiste affilié à Al-Qaïda, a revendiqué des attaques à Bamako, près de l’école de gendarmerie de Faladié et de l’aéroport militaire. Puis, au printemps 2026, une offensive coordonnée a de nouveau ciblé plusieurs sites jusqu’à la capitale.
Dans le même temps, les autorités maliennes ont multiplié les mesures d’urgence. Début juin 2026, elles ont interdit la vente et l’usage de grosses motos hors des grandes agglomérations et instauré des zones militaires interdites aux civils. L’objectif affiché : gêner les attaques de groupes mobiles, souvent capables de frapper puis de disparaître rapidement.
Pour les habitants, l’impact est immédiat : déplacements plus risqués, économie locale entravée, accès à l’aide humanitaire compliqué. Des rapports internationaux ont alerté en mai 2026 sur la détérioration rapide des conditions, avec des civils tués, déplacés et privés de nourriture et d’assistance après les attaques coordonnées.
Le cœur du problème demeure militaire. La junte malienne veut reprendre le contrôle territorial. Les groupes armés misent sur l’usure. Les djihadistes cherchent à fragiliser l’État. Les rebelles touaregs revendiquent l’Azawad, cette région du nord qu’ils souhaitent voir autonome ou indépendante. Les deux agendas ne sont pas identiques, mais ils convergent parfois sur le terrain contre Bamako.
La polémique Ukraine-France : accusations, démentis et rapport de force
C’est ici que la lecture politique se brouille. En 2024, la junte malienne a accusé l’Ukraine d’avoir soutenu des rebelles touaregs après une lourde défaite des forces maliennes et des mercenaires russes près de Tinzaouaten. Kiev a démenti ces accusations et déclaré que Bamako n’avait apporté aucune preuve. Le Front de libération de l’Azawad a également nié avoir reçu une aide ukrainienne.
Ce dossier a ensuite servi à la junte pour durcir son discours contre l’Ukraine et ses alliés. Cependant, sur la base des informations disponibles, il ne permet pas d’affirmer que la France serait “dans le même camp” que les djihadistes. Les positions officielles françaises connues publiquement portent sur le soutien à l’Ukraine et la fin de la coopération de défense avec Bamako, après la dénonciation par les autorités maliennes des accords militaires en 2022.
La France, de son côté, a réduit puis mis fin à son ancrage militaire au Mali après la rupture avec la junte. Cela a créé un vide sécuritaire que Bamako a tenté de combler en se tournant vers la Russie, d’abord avec Wagner puis avec les dispositifs russes qui lui ont succédé. Ce choix a renforcé la rhétorique souverainiste des autorités maliennes, mais n’a pas enrayé l’insurrection.
Qui gagne, qui perd
La junte gagne politiquement quand elle présente la crise comme une guerre contre des ennemis extérieurs et des complots étrangers. Cette lecture lui permet de resserrer le discours national, de justifier les restrictions sécuritaires et de consolider ses soutiens. Mais elle ne répond pas aux fractures locales, ni à l’insécurité quotidienne.
Les rebelles touaregs gagnent, eux, quand ils apparaissent comme une force capable de regagner du terrain au nord. Leur mouvement profite aussi du vide laissé par le départ de la MINUSMA et de l’affaiblissement des dispositifs internationaux. Cependant, leur alliance tactique avec des groupes djihadistes, ponctuelle et instable, brouille leur image et inquiète les populations locales.
Les djihadistes, enfin, tirent parti du chaos. Ils n’ont pas besoin de conquérir Bamako pour peser. Ils cherchent surtout à épuiser l’État, à étendre l’insécurité sur les routes et à montrer que la junte ne contrôle plus tout. Des analyses récentes indiquent qu’ils frappent désormais loin de leurs bastions initiaux.
Pour les civils, le bilan est le plus lourd. Les habitants du nord vivent avec les combats, les déplacements et la peur des représailles. À Bamako, les attaques de 2024 ont brisé l’idée d’une capitale protégée. Et les annonces sécuritaires de 2026 montrent que l’État malien reste sur la défensive.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
La prochaine question n’est pas seulement militaire. Elle est aussi diplomatique. Il faut suivre l’évolution des relations entre Bamako, Kiev, Moscou et les capitales ouest-africaines, ainsi que la capacité réelle de la junte à contenir les offensives du GSIM et des rebelles touaregs. La suite dira si le Mali entre dans une phase de stabilisation fragile ou dans une nouvelle escalade.