Mali lance une prime pour traquer les dirigeants du Jnim et du FLA
Le gouvernement malien vient de dévoiler une nouvelle arme dans sa lutte contre le terrorisme : une récompense financière pour quiconque fournira des informations permettant d’arrêter ou d’éliminer les principaux chefs du Jnim (lié à Al-Qaïda) et du FLA. Cette annonce, diffusée par les médias nationaux, marque un tournant dans la stratégie sécuritaire du pays, où l’armée peine à venir à bout des groupes armés malgré l’appui de partenaires internationaux.
Des cibles précises pour une prime inédite
Les autorités visent directement deux organisations considérées comme les plus dangereuses pour la stabilité du Mali. D’un côté, le Jnim, dirigé par Iyad Ag Ghaly, mène des attaques répétées contre les forces de défense et les infrastructures stratégiques dans tout le Sahel. De l’autre, le FLA, issu des mouvements indépendantistes touaregs, conteste la souveraineté de Bamako sur les régions de Kidal, Gao et Tombouctou. En ciblant leurs cadres, le pouvoir espère affaiblir ces groupes et réduire leur capacité opérationnelle.
Cette méthode, inspirée des tactiques antiterroristes occidentales, est peu courante en Afrique de l’Ouest. Elle reflète une prise de conscience : sans le soutien des populations locales, les opérations militaires conventionnelles peinent à obtenir des résultats durables. Les autorités maliennes misent donc sur l’intelligence de proximité pour identifier et neutraliser les leaders ennemis.
Un aveu de faiblesse face à la menace persistante
L’annonce survient alors que la situation sécuritaire reste critique. Depuis le départ de la MINUSMA en 2023 et le retrait des forces françaises, les Forces armées maliennes (Fama) comptent sur l’appui de groupes russes pour maintenir leurs positions. Malgré la reprise symbolique de Kidal en 2023, les attaques jihadistes se sont multipliées en 2024 et 2025, s’étendant même aux abords de Bamako.
Cette stratégie de récompense, bien que prometteuse, comporte des risques. Les informateurs s’exposent à des représailles de la part des groupes armés, et l’absence de détails sur les montants ou les modalités de paiement pourrait limiter son efficacité. Les autorités n’ont pas encore précisé le budget alloué ni les garanties offertes aux personnes qui collaboreraient avec elles.
Une approche qui pourrait s’étendre à toute la région
Cette initiative s’inscrit dans la logique de la Confédération des États du Sahel (AES), qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Ces trois pays partagent une vision commune de la menace terroriste et commencent à coordonner leurs actions militaires. Une harmonisation des systèmes de récompense à l’échelle régionale pourrait renforcer l’efficacité du renseignement transfrontalier, alors que les groupes armés profitent des frontières poreuses pour se déplacer et se réapprovisionner.
Toutefois, le financement de cette mesure reste un défi de taille. Dans un contexte économique difficile, marqué par des sanctions régionales et la suspension de plusieurs aides internationales, Bamako devra trouver des solutions internes ou convaincre de nouveaux partenaires. La Russie, déjà investie militairement, pourrait être sollicitée, mais aucune confirmation officielle n’a été donnée à ce stade.
Sur le plan politique, cette annonce vise aussi à renforcer la légitimité du gouvernement de transition. En s’adressant directement aux citoyens via les médias publics, le pouvoir cherche à les impliquer dans l’effort de guerre et à justifier le report des élections, initialement prévues après les coups d’État de 2020 et 2021. Le succès de cette stratégie dépendra de la capacité des Fama à concrétiser des résultats concrets dans les mois à venir.