Le Faso Libre

Actualités du Burkina Faso : politique, sécurité, économie et société, sans compromis éditoriaux.

Le Faso Libre

Actualités du Burkina Faso : politique, sécurité, économie et société, sans compromis éditoriaux.

A la Une

Mali : la stratégie de prédation du Jnim sur l’orpaillage chinois

Au Mali, les groupes jihadistes du Jama'at Nusrat al-Islam wal Muslimin (Jnim) exercent un contrôle de plus en plus strict sur les sites aurifères, ciblant notamment les exploitations chinoises. © JINM

Depuis plusieurs mois, les groupes armés opérant dans le centre et le nord du Mali ont renforcé leurs activités d’extorsion ciblant spécifiquement les entreprises d’orpaillage venues de Chine. Une stratégie lucrative qui alimente directement leur financement et leurs offensives militaires.

Une mainmise jihadiste sur les richesses aurifères maliennes

Les zones aurifères, autrefois exploitées de manière plus ou moins anarchique, sont aujourd’hui devenues des enjeux stratégiques pour les groupes armés. Le Jama’at Nusrat al-Islam wal Muslimin (Jnim), principale faction jihadiste du Sahel, a progressivement imposé son emprise sur ces territoires, transformant l’or en une monnaie d’échange pour ses besoins logistiques et opérationnels.

Les sites d’extraction, souvent situés dans des zones reculées et mal sécurisées, constituent des cibles idéales pour ces groupes. En échange de leur « protection », les orpailleurs chinois se voient contraints de verser des frais de sécurité exorbitants, sous peine de représailles ou de sabotage de leurs installations.

Des méthodes d’extorsion sophistiquées et systématiques

Les jihadistes ne se contentent plus de simples rackets ponctuels. Ils ont mis en place un système organisé de prélèvements, avec des quotas mensuels ou hebdomadaires selon l’importance des sites. Les montants exigés varient en fonction de la taille de l’exploitation et de sa rentabilité présumée.

Parmi les méthodes utilisées :

  • Le paiement de « taxes révolutionnaires » sous forme de lingots d’or ou de sommes en devises ;
  • L’obligation de fournir des denrées alimentaires, du carburant ou du matériel aux combattants ;
  • Le recrutement forcé de locaux, parfois parmi les travailleurs des mines, pour renforcer leurs rangs.

Ces pratiques, bien que clandestines, sont désormais bien documentées par les observateurs locaux et internationaux. Les rapports d’ONG et d’experts confirment une hausse significative des revenus tirés de l’orpaillage par les groupes armés ces deux dernières années.

Un financement qui alimente la machine de guerre jihadiste

Les fonds ainsi collectés ne servent pas uniquement à l’achat d’armes ou à la logistique des attaques. Ils permettent également de renforcer les réseaux de soutien au sein des populations locales, en offrant des services sociaux (éducation, santé) dans les zones sous leur contrôle.

Cette stratégie de « bonne gouvernance parallèle » séduit une partie de la population, surtout dans les régions où l’État malien est absent ou défaillant. Le Jnim en profite pour se présenter comme un recours économique, tout en consolidant son emprise territoriale.

Les autorités maliennes, déjà fragilisées par des années de conflits, peinent à endiguer ce phénomène. Les opérations militaires contre les groupes armés se heurtent à leur mobilité et à leur connaissance du terrain, sans compter les alliances locales parfois ambiguës avec certains acteurs communautaires.

Des conséquences économiques et humanitaires lourdes

L’impact de ces extorsions va bien au-delà des simples finances des entreprises minières. Les populations locales subissent les conséquences de cette prédation :

  • Une insécurité alimentaire accrue, due à la hausse des prix et à la perturbation des activités agricoles ;
  • Un exode des travailleurs vers d’autres régions ou pays voisins ;
  • Un affaiblissement des économies locales, les mines étant souvent les seuls employeurs stables dans ces zones.

Face à cette situation, les entreprises chinoises, malgré leur expérience en gestion de risques, peinent à trouver des solutions durables. Certaines ont réduit leurs activités, d’autres tentent de négocier des accords tacites avec les groupes armés, au risque de légitimer indirectement leur emprise.

Alors que la communauté internationale multiplie les appels à la cessation des violences, le Jnim continue de tirer profit de l’exploitation aurifère, transformant le Mali en un terrain de prédation où l’or finance la guerre.