Actualités

Mali : la montée en puissance des groupes armés bouscule la junte et l’influence russe

Les opérations simultanées menées par le JNIM et le FLA le 25 avril 2026 marquent un tournant stratégique majeur dans le conflit malien. En frappant de manière coordonnée Bamako, Kati, Kidal, Gao et Sévaré, ces organisations ont mis en lumière les failles d’une architecture de défense reposant sur l’appui de partenaires extérieurs. La perte de Kidal ébranle le discours de souveraineté de la junte et souligne les carences du soutien russe face à l’insurrection. Si la chute de la capitale n’est pas imminente, le JNIM privilégie une stratégie d’épuisement. Ce regain d’instabilité fait peser une menace sérieuse sur l’équilibre du Sahel et des nations du golfe de Guinée.

Bamako sous une pression grandissante

L’assaut conjoint du JNIM et du FLA en avril 2026 représente une aggravation brutale de la crise sécuritaire au Mali. Ces attaques synchronisées contre des centres névralgiques tels que Bamako, Kati, Kidal, Gao et Sévaré ont surpris par leur niveau de préparation. Elles s’inscrivent dans une spirale de violences amorcée en 2020, qui s’est intensifiée après les changements politiques de l’été 2020.

Autrefois cantonné aux zones rurales septentrionales, le JNIM a étendu son rayon d’action vers l’ouest et le sud du pays, touchant des zones autrefois stables. Son rayonnement dépasse désormais les frontières du Mali pour atteindre le Togo, le Bénin et le Nigeria. Les Forces armées maliennes (FAMA) font face à un nombre croissant d’offensives. En juillet 2024, les troupes nationales, épaulées par les supplétifs russes d’Africa Corps, avaient déjà essuyé une défaite notable face à une alliance entre le JNIM et le CSD-DPA. Malgré l’usage de drones Bayraktar fournis par la Turquie, les FAMA peinent à assurer une surveillance efficace de l’immense territoire malien.

Depuis la fin de l’année 2025, le JNIM applique une tactique d’asphyxie économique sur Bamako. En ciblant les routes logistiques et l’approvisionnement en énergie, le groupe cherche à miner la confiance de la population envers les autorités. Cette stratégie vise à démontrer l’incapacité de l’État à protéger ses citoyens tout en proposant un modèle de gouvernance alternatif basé sur une administration parallèle et une justice stricte dans les zones sous son influence. L’objectif n’est pas nécessairement une conquête militaire immédiate de la capitale, mais une guerre d’usure psychologique destinée à fragiliser le pouvoir central.

La chute de Kidal et l’effritement du discours officiel

Les événements d’avril ont porté un coup symbolique fort. À Kati, le décès du ministre de la Défense Sadio Camara a été un choc pour l’appareil sécuritaire. Plus au nord, la reprise de Kidal par le JNIM et le FLA efface la victoire proclamée par les FAMA et Wagner en 2023. Ce recul oblige les troupes d’Africa Corps à se replier, laissant planer un doute sur la capacité de l’armée à reprendre l’initiative.

Ce rapprochement entre les rebelles Touaregs, aux aspirations autonomistes pour l’Azawad, et les djihadistes du JNIM, partisans de la charia, est purement tactique. Bien que leurs idéologies divergent, la lutte contre la junte et ses alliés russes a scellé une alliance de circonstance. Des pourparlers auraient été engagés dès la fin de l’année 2024 pour coordonner leurs actions sur le terrain. Cette coalition, bien que fragile, a prouvé son efficacité lors des récents combats.

Parallèlement, les rumeurs d’une trêve avortée entre Bamako et les insurgés soulignent la complexité de la situation. Le JNIM a désormais opté pour une rhétorique radicale, annonçant un siège total de la capitale et exigeant le départ définitif des forces russes. Pour la junte, le revers est autant militaire que politique, car il remet en question la pertinence du partenariat avec Moscou, censé garantir une sécurité que les forces françaises n’auraient pas su assurer.

Les partenaires extérieurs face à l’impasse

Malgré ces échecs, un retrait de la Russie semble improbable. Moscou a réitéré son soutien à Assimi Goïta, voyant dans le Mali une vitrine de son influence en Afrique. Africa Corps utilise ses réseaux pour diffuser des images de combat et tenter de reprendre la main sur le récit médiatique. Un désengagement serait perçu comme une défaite stratégique majeure pour le Kremlin.

La Turquie joue également un rôle croissant. À travers la société SADAT, Ankara assure la formation des unités d’élite et la protection des dirigeants maliens. Cette présence turque pourrait devenir un pilier central pour la survie du régime si la situation continue de se détériorer. Les rebelles du FLA ont d’ailleurs invité la Turquie à reconsidérer son alignement pour favoriser une issue plus équilibrée au conflit.

Une recomposition géopolitique régionale

Au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), la réaction est restée timorée. Bien que la Charte du Liptako-Gourma prévoie une assistance mutuelle en cas d’agression, le Niger et le Burkina Faso n’ont pas déployé de troupes pour soutenir Bamako, préférant se concentrer sur leurs propres défis sécuritaires.

Cette instabilité pourrait profiter à l’Algérie, qui cherche à reprendre son rôle de médiateur régional. Alger multiplie les initiatives diplomatiques et économiques vers le Niger et le Burkina Faso pour contrer l’influence du Maroc et son Initiative Atlantique. Grâce à ses liens historiques avec les mouvements Touaregs du FLA, l’Algérie pourrait redevenir un acteur incontournable dans d’éventuelles négociations, tout en maintenant une distance stricte avec les groupes djihadistes.

De leur côté, les États-Unis tentent une approche diplomatique renouvelée pour limiter l’expansion russe. Cependant, la fragilisation de la junte malienne complique les efforts de Washington pour établir un dialogue stable avec les autorités de Bamako.

Risques de déstabilisation en Afrique de l’Ouest

Le danger d’une contagion régionale est réel, mais il diffère selon les acteurs. Si le FLA se concentre exclusivement sur ses revendications territoriales dans le nord du Mali, le JNIM possède une ambition transnationale. Un affaiblissement durable de l’État malien offrirait aux groupes radicaux une base arrière idéale pour frapper les pays voisins.

Le Sénégal et la Mauritanie, bien que relativement préservés, surveillent de près leurs frontières, notamment les axes commerciaux vitaux pour le Mali enclavé. Dans le golfe de Guinée, le Bénin et le Togo subissent déjà les contrecoups de l’insécurité au Burkina Faso. Un effondrement du pouvoir à Bamako aggraverait inévitablement la pression sur ces États côtiers.

Enfin, la menace pourrait aussi venir de l’intérieur. La répression accrue exercée par la junte contre ses opposants pourrait favoriser des tentatives de renversement interne. Un tel scénario de chaos politique à Bamako serait une opportunité majeure pour les groupes armés de consolider leurs gains territoriaux et de fragiliser davantage l’équilibre précaire du Sahel.