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Le Gabon appelle l’europe à investir plutôt qu’à donner

Le partenariat entre le Gabon et l’Union européenne connaît une évolution majeure. Libreville indique clairement à ses interlocuteurs européens que le temps de l’aide publique au développement, qui structurait les relations depuis les indépendances, est révolu. Les autorités gabonaises réclament désormais un virage vers des flux d’investissements directs, chiffrables et capables de dynamiser l’économie productive. Ce changement intervient alors que le pays s’efforce de réduire sa dépendance à la rente pétrolière.

Libreville redéfinit les bases de sa relation avec Bruxelles

Le message que Libreville adresse à Bruxelles peut se résumer ainsi : remplacer les subventions par du capital. Les responsables gabonais jugent que les enveloppes classiques de l’aide publique, souvent dispersées dans des projets sectoriels, n’ont plus l’effet transformateur escompté. Ils privilégient des engagements financiers d’une autre nature, axés sur l’investissement productif, les partenariats public-privé et le financement d’infrastructures majeures.

Cette position s’inscrit dans un mouvement plus vaste observé en Afrique centrale et occidentale. Plusieurs capitales africaines exigent une relation plus équilibrée avec l’Europe, fondée sur la création de valeur locale plutôt que sur des apports budgétaires. Le Gabon, doté de ressources naturelles abondantes mais confronté à un besoin urgent de diversification, veut utiliser ses atouts dans cette renégociation implicite des modèles de coopération.

Diversification économique et quête de souveraineté financière

Derrière cette demande d’investissements tangibles se cache une stratégie de souveraineté économique. Libreville cherche à attirer des capitaux européens vers des secteurs jugés prioritaires : transformation du bois sur place, agro-industrie, mines, hydrocarbures à plus forte valeur ajoutée, infrastructures énergétiques et numériques. L’objectif est de remplacer les exportations de matières brutes par une logique d’industrialisation, condition essentielle pour une croissance durable et créatrice d’emplois.

Le pays mise sur ses avantages comparatifs pour convaincre les bailleurs de fonds et les groupes industriels européens. La vaste couverture forestière, les réserves de manganèse, le potentiel hydroélectrique et la situation géographique sur le golfe de Guinée sont autant d’éléments mis en avant. Toutefois, concrétiser ces ambitions nécessite un environnement des affaires stable, une fiscalité prévisible et une sécurité juridique des contrats, des points que les investisseurs européens examinent de près.

Les autorités de transition, en place depuis le changement de régime en août 2023, ont multiplié les signes d’ouverture envers les chancelleries occidentales. Elles cherchent à prouver que la trajectoire institutionnelle du Gabon reste compatible avec une coopération économique exigeante. Parallèlement, Libreville diversifie ses partenaires en renforçant ses liens avec des pays asiatiques et du Golfe, ce qui place l’Europe en situation de concurrence pour préserver ses positions historiques.

L’union européenne face à l’exigence de réciprocité

Pour Bruxelles, l’équation est complexe. L’Union européenne demeure l’un des premiers partenaires commerciaux du Gabon, mais ses mécanismes traditionnels, hérités des conventions de Lomé puis des accords de Cotonou et de Samoa, reposent encore largement sur une logique d’aide conditionnée. Le passage à une coopération d’investissement implique de mobiliser davantage la Banque européenne d’investissement (BEI), les institutions de financement du développement des États membres et les instruments de la stratégie Global Gateway.

Présentée comme la réponse européenne à l’initiative chinoise des Nouvelles Routes de la soie, la stratégie Global Gateway vise à mobiliser plusieurs centaines de milliards d’euros pour des infrastructures dans le monde, dont une part importante destinée à l’Afrique. Le Gabon entend s’inscrire pleinement dans cette dynamique, à condition que les fonds annoncés se traduisent par des projets concrets et des retombées économiques visibles sur son territoire.

La nouvelle approche de Libreville oblige les diplomates européens à clarifier leur offre. Au-delà des montants, les secteurs ciblés, les conditions de gouvernance, le transfert de technologie et l’emploi local seront examinés de près. Le partenariat Gabon-UE pourrait ainsi servir de laboratoire pour un modèle renouvelé de coopération entre l’Europe et les économies d’Afrique centrale, davantage tourné vers le co-investissement que vers l’assistance.