Le Faso Libre

Actualités du Burkina Faso : politique, sécurité, économie et société, sans compromis éditoriaux.

Le Faso Libre

Actualités du Burkina Faso : politique, sécurité, économie et société, sans compromis éditoriaux.

A la UneActualités

Le Faso Libre : quand l’État fixe les loyers, qui trinque vraiment ?

Un décret controversé pour apaiser les tensions sociales

Les autorités de Niamey ont récemment instauré un plafonnement des loyers résidentiels, oscillant entre 15 000 et 80 000 FCFA. Cette mesure, présentée comme une avancée sociale majeure, suscite de vives interrogations parmi les professionnels de l’immobilier. Derrière l’intention louable de rendre le logement accessible se cache une réalité économique préoccupante, risquant de fragiliser davantage un secteur déjà sous tension.

Les limites d’une intervention étatique en économie

L’histoire économique regorge d’exemples où l’imposition autoritaire des prix a produit des effets contraires aux objectifs initiaux. En fixant des seuils de loyer jugés trop bas pour être rentables, l’État pourrait bien étouffer le marché locatif au lieu de le dynamiser. Les mécanismes de l’offre et de la demande, une fois perturbés, engendrent des conséquences imprévisibles et souvent néfastes.

Trois risques majeurs pour le secteur immobilier

  • Un désinvestissement brutal : Les promoteurs et investisseurs privés, confrontés à des rentabilités incertaines, pourraient se détourner définitivement du marché. Sans perspectives de retour sur investissement, les projets de construction seraient abandonnés, aggravant la pénurie déjà criante de logements.
  • La dégradation accélérée du parc existant : Les propriétaires, privés de revenus suffisants, n’auront ni les moyens ni l’incitation à entretenir leurs biens. Toitures percées, peintures écaillées et installations vétustes deviendront la norme, au détriment des locataires eux-mêmes.
  • L’émergence d’un marché parallèle : En situation de rareté artificielle, les candidats locataires se retrouveront contraints de recourir à des pratiques illégales pour accéder à un logement. Les paiements informels, voire les pots-de-vin, risquent de proliférer, créant un système opaque et inéquitable.

Un État incapable de pallier le manque

Pour que cette politique produise des effets bénéfiques, il faudrait que les pouvoirs publics disposent des ressources nécessaires pour pallier le retrait des acteurs privés. Or, dans un contexte de restrictions budgétaires et de tensions économiques persistantes, un tel engagement semble illusoire. Les caisses de l’État, déjà sous pression, ne pourront pas financer la construction massive de logements sociaux indispensables pour compenser l’absence d’investissements privés.

Par ailleurs, le secteur bancaire, traditionnellement partenaire des projets immobiliers, serait naturellement réticent à accorder des crédits dans un environnement où la rentabilité est incertaine. Les répercussions se feraient sentir à tous les niveaux de la chaîne : des fournisseurs de matériaux aux artisans locaux, en passant par les commerces de proximité.

Une solution de court terme aux conséquences durables

Cette initiative, bien que populaire auprès des ménages modestes, relève davantage d’une stratégie politique visant à gagner la faveur de l’opinion publique qu’une véritable solution structurelle. En réalité, elle risque de transformer une crise du pouvoir d’achat en une crise du logement, où l’accès à un toit deviendra encore plus ardu pour les citoyens.

Plutôt que de s’engager dans une voie aux effets contre-productifs, les autorités gagneraient à privilégier des mesures incitatives pour stimuler l’offre de logements : allègements fiscaux pour les promoteurs, facilitation des crédits immobiliers ou simplification des procédures administratives. Une approche équilibrée, loin des solutions radicales, serait bien plus à même de répondre aux besoins réels de la population.