Le Faso Libre face à la junte : le capitaine Traoré rejette la démocratie pour le Burkina Faso
Au Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, chef de la junte au pouvoir depuis septembre 2022, a récemment réitéré son opposition à l’instauration d’un système démocratique dans le pays. Lors d’un entretien télévisé diffusé le 2 avril, il a exhorté la population à « oublier » toute velléité de démocratie, affirmant que ce régime n’est « pas pour nous ». Ces déclarations interviennent dans un contexte où la junte a adopté une charte lui permettant de prolonger son mandat de cinq ans supplémentaires à partir de juillet 2024.
Le capitaine Traoré, arrivé au pouvoir par un second coup d’État en huit mois, a également justifié cette posture en soulignant que le pays n’est « pas dans une démocratie ». Il a rappelé que la transition politique, initialement prévue pour s’achever en juillet 2024 avec des élections, a été suspendue sine die. En octobre 2025, la junte a dissous la Commission électorale nationale indépendante (Céni), tandis qu’en février 2026, elle a interdit les activités de tous les partis politiques du pays.
Une charte controversée pour consolider le pouvoir
La charte adoptée par la junte autorise Ibrahim Traoré à se présenter aux futures élections présidentielle, législatives et municipales, prévues après cette période de transition prolongée. Pourtant, le chef de l’État a clairement indiqué que les discussions sur des élections ne sont même pas à l’ordre du jour. « Il faut que les gens oublient la question de la démocratie », a-t-il déclaré, ajoutant que « la démocratie, ce n’est pas pour nous ». Ces propos ont été tenus lors d’un entretien de plus de deux heures avec des journalistes de médias burkinabè et internationaux, dont la Rai et Sky News.
Un régime en rupture avec l’Occident
Depuis son arrivée au pouvoir, le capitaine Traoré a adopté une ligne politique hostile aux pays occidentaux, en particulier à la France. Plusieurs médias internationaux ont été interdits ou suspendus de diffusion au Burkina Faso, et certains journalistes ont été expulsés. Par ailleurs, le régime a renforcé ses liens avec la Russie, qui fournit du matériel militaire, bien que le capitaine Traoré ait précisé que « personne ne forme l’armée burkinabè » et que les combats sur le terrain sont menés par les soldats locaux.
Un contexte sécuritaire et politique tendu
Le Burkina Faso fait face, depuis près de dix ans, à une insurrection jihadiste qui a causé des milliers de morts. L’armée burkinabè et ses alliés, les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), sont régulièrement accusés par des ONG d’exactions contre des civils. Le capitaine Traoré a nié ces allégations, affirmant qu’« il n’y a pas de preuves » à l’appui de ces accusations. Par ailleurs, il a évoqué le sort de son prédécesseur, l’ex-lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba, extradé du Togo en février 2026 et actuellement jugé pour corruption et tentatives de coup d’État.
Ces déclarations du chef de la junte au pouvoir illustrent une volonté affichée de s’affranchir des normes démocratiques traditionnelles, au profit d’un régime militaire prolongé. Une situation qui suscite des interrogations quant à l’avenir politique et sécuritaire du Burkina Faso.