Le Faso Libre

Actualités du Burkina Faso : politique, sécurité, économie et société, sans compromis éditoriaux.

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Le Cameroun et les visas : pourquoi une approche différente en Afrique ?

Alors que de nombreuses nations africaines s’orientent vers une plus grande ouverture de leurs frontières, le passeport camerounais demeure lourdement soumis à des exigences de visa. Cette situation particulière s’explique par une combinaison de trois facteurs majeurs, ancrés dans la géopolitique et la sécurité nationale du pays.

1. Le principe de réciprocité diplomatique strict

Historiquement, la diplomatie du Cameroun est fondée sur une réciprocité rigoureuse. Les autorités de Yaoundé n’accordent généralement des facilités de voyage qu’aux États qui offrent des conditions similaires à leurs propres citoyens. Tant que les discussions bilatérales n’aboutissent pas à des accords mutuels, les restrictions en matière de visa sont maintenues.

2. Les impératifs de sécurité nationale face au « Visa Free » en Afrique

Confronté à des défis sécuritaires significatifs, notamment la lutte contre Boko Haram dans sa région du Grand Nord, ainsi que les tensions persistantes dans les zones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, le gouvernement camerounais privilégie un contrôle strict des flux migratoires. Pour les autorités, le visa obligatoire constitue un mécanisme de filtrage essentiel pour préserver l’intégrité et la sécurité du territoire.

3. La lenteur de l’intégration régionale en Afrique Centrale (CEMAC)

Contrairement à des blocs régionaux comme la CEDEAO en Afrique de l’Ouest ou les communautés d’Afrique de l’Est, la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) a longtemps été l’une des régions les moins intégrées du continent en matière de libre circulation des personnes. Bien que l’accord d’exemption de visa au sein de la CEMAC soit officiellement en vigueur, son application concrète reste limitée, et la région n’a pas encore pleinement ouvert ses frontières au reste du continent africain.

📊 La dynamique du « Visa Free » en Afrique : un bilan récent

Pour mieux comprendre la situation camerounaise, il est pertinent d’examiner la progression du « Visa Free » à l’échelle continentale. Au cours des deux dernières années, plusieurs pays ont mis en œuvre des mesures historiques d’exemption de visa pour les ressortissants africains.

Les pays africains pionniers de l’ouverture des frontières continentales

Dans un élan visant à dynamiser le commerce intra-africain, notamment via la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF), et à stimuler le tourisme, un groupe restreint de nations a rejoint le cercle des pays offrant un accès 100 % sans visa préalable à tous les citoyens africains :

  • Le Ghana (Janvier 2025) : Ce pays mettra en œuvre l’exemption totale de visa pour tous les citoyens du continent.
  • Le Kenya (Janvier 2024) : Il a adopté un modèle « Visa Free » complété par une simple autorisation de voyage électronique (eTA) pour tous les visiteurs africains.
  • Le Rwanda, le Bénin et la Gambie : Ces nations, déjà à l’avant-garde, maintiennent leur politique d’accès sans visa pour tous les Africains.
  • L’Afrique du Sud (Mise à jour Juillet 2026) : Pretoria a officiellement étendu sa liste d’exemption de visa à 22 pays africains, incluant des nations comme l’Algérie, la Côte d’Ivoire ou le Gabon, pour des séjours allant de 30 à 90 jours, dans le but de renforcer l’intégration régionale.

💡 Un indicateur clé de l’ouverture continentale

28 % : C’est le taux d’ouverture actuel du continent. Dans près de 28 % des trajets entre pays africains, les citoyens peuvent désormais voyager sans avoir à demander un visa au préalable (une nette progression par rapport aux 20 % enregistrés en 2016). Par ailleurs, 31 pays africains proposent désormais la facilité de l’e-Visa.