La stratégie russe au Mali mise en difficulté par les rebelles
Une offensive surprise des rebelles malien menace la junte de Bamako
Une vague d’attaques coordonnées dans plusieurs villes du Mali, dont la capitale Bamako, orchestrée par des groupes rebelles touaregs alliés à des factions djihadistes, met en péril la stabilité du régime militaire actuel. Les forces russes, partenaires de la junte depuis le départ des troupes françaises en 2022, ont opéré un retrait spectaculaire de la ville de Kidal, dans le nord du pays, sans opposer la moindre résistance armée. Une scène inédite qui illustre l’impuissance des 2500 soldats de l’Africa Corps (ex-groupe Wagner) face à l’avancée des insurgés.
Des images choc : les soldats russes quittent Kidal sans combat
Les vidéos diffusées ces dernières heures montrent une colonne de véhicules militaires russes quittant Kidal en ordre, sous le regard des rebelles touaregs et de leurs alliés djihadistes. Aucune détonation, aucun échange de tirs : une retraite stratégique qui marque un tournant dans la crise sécuritaire malienne. La veille, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, revendiquait des attaques simultanées dans le pays, tout en appelant Moscou à rester à l’écart pour préserver de futures alliances.
Le régime malien affaibli par une série de revers militaires
Les dernières semaines ont été marquées par une escalade sans précédent de la violence. Le ministre malien de la Défense a été tué lors d’un assaut contre sa résidence, tandis que des groupes armés non identifiés ont lancé des offensives simultanées dans plusieurs régions. Ces attaques, menées sans avertissement, ont permis aux insurgés d’étendre leur emprise sur de vastes territoires, mettant en lumière les failles du pouvoir militaire. Le contrôle de Kidal, reconquis en 2023 grâce à l’appui des forces russes, symbolisait autrefois la victoire de la junte dirigée par le colonel Assimi Goïta contre les indépendantistes touaregs. Aujourd’hui, cette avancée n’est plus qu’un lointain souvenir.
Une stratégie russe en échec : l’échec de la substitution à la France
En 2022, Bamako a tourné le dos à Paris après une décennie de coopération militaire, accusant la France d’ingérence. Moscou s’est alors présentée comme le nouveau partenaire salvateur, promettant une stabilisation rapide du pays. Quatre ans plus tard, le bilan est accablant : l’insécurité persiste, la population est exaspérée par les putschs répétés et l’absence d’élections, et le territoire malien se fragmente sous la pression des groupes armés. Les populations, prises entre deux feux, subissent des pénuries critiques, comme l’a démontré le siège de Bamako qui a bloqué l’approvisionnement en carburant en provenance des pays voisins.
Les risques d’une fragmentation du Mali et d’une contagion régionale
Le Mali fait face à une double menace : au nord, les indépendantistes touaregs progressent, tandis que les groupes djihadistes se disputent le reste du territoire. Si Bamako tombe, l’instabilité pourrait s’étendre à l’ensemble de la région. Le GSIM, acteur clé des récentes offensives, entretient des liens avec Al-Qaïda et nourrit des ambitions transfrontalières. Les pays voisins, à commencer par le Niger et le Burkina Faso – membres de l’Alliance des États du Sahel – seraient en première ligne. Même les nations côtières, déjà affectées par des incursions djihadistes, pourraient être touchées par une déstabilisation générale.
Plus d’une décennie de crises : l’héritage d’une intervention ratée
En 2014, l’intervention française au Mali avait permis de repousser une colonne djihadiste menaçante vers Bamako. Cette opération, saluée comme un succès, a ouvert la voie à une stabilisation progressive du nord du pays. Pourtant, les résultats escomptés n’ont jamais été au rendez-vous. La frustration accumulée a mené à une succession de coups d’État, au départ des forces françaises, et à l’arrivée des mercenaires russes. Aujourd’hui, malgré ce changement d’alliance, le Mali reste plongé dans une crise sans précédent, avec un bilan humain et territorial désastreux pour ses habitants.