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La frontière entre le Bénin et le Niger s’apprête à rouvrir

Après plus de deux années de fermeture quasiment totale, la frontière entre le Bénin et le Niger pourrait bientôt être rouverte. Des discussions techniques sont en cours entre les autorités des deux pays, visant à rétablir la circulation des marchandises et des personnes sur l’axe stratégique reliant le port de Cotonou aux zones enclavées du Sahel central. Ce rapprochement s’inscrit dans un contexte de recomposition diplomatique régionale, marqué par le retrait du Niger de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et son entrée dans la Confédération des États du Sahel (AES) aux côtés du Mali et du Burkina Faso.

Un blocage commercial lourd de conséquences

La fermeture, imposée après le coup d’État du 26 juillet 2023 contre le président Mohamed Bazoum, avait été initialement décrétée dans le cadre des sanctions de la CEDEAO. Le Bénin avait appliqué ces mesures strictement, gelant la quasi-totalité du trafic transfrontalier. Le Niger, pays enclavé dépendant historiquement du corridor béninois pour ses importations, avait riposté en maintenant ses propres restrictions, même après la levée officielle des sanctions régionales en février 2024.

Le coût économique de cette situation s’est révélé très lourd. Le port autonome de Cotonou, par où transitaient une grande partie des marchandises destinées à Niamey, a vu son trafic nigérien chuter fortement. Les transporteurs, les transitaires et les communautés frontalières des départements béninois de l’Alibori et du Borgou ont subi de plein fouet les conséquences. Côté nigérien, la hausse des prix des produits importés a alimenté une inflation déjà soutenue par les difficultés d’approvisionnement.

Le pétrole nigérien, moteur du dégel

Le dossier énergétique a joué un rôle déterminant dans le réchauffement progressif des relations. La mise en service du pipeline Niger-Bénin, long de près de 2 000 kilomètres, destiné à acheminer le brut nigérien d’Agadem jusqu’au terminal de Sèmè-Kpodji, a obligé les deux capitales à dialoguer. Les premières cargaisons exportées en 2024 avaient pourtant suscité des tensions vives, Cotonou conditionnant un temps les chargements à la réouverture de la frontière terrestre.

Depuis, plusieurs canaux de discussion ont été activés, parfois sous la médiation de partenaires régionaux. Le pragmatisme économique semble désormais primer sur la rhétorique politique. Pour le Bénin, rétablir les flux logistiques est un impératif budgétaire et social, le corridor nigérien représentant un débouché majeur pour son port et ses recettes douanières. Pour le Niger, sécuriser une voie d’approvisionnement alternative aux corridors burkinabè et togolais réduirait la vulnérabilité de son commerce extérieur.

Une réouverture sous conditions sécuritaires

Les négociations butent encore sur plusieurs points. La question sécuritaire est centrale, les autorités nigériennes ayant accusé Cotonou d’héberger des bases hostiles à leur régime, accusation fermement démentie par le gouvernement de Patrice Talon. Des mécanismes de vérification conjoints et un renforcement de la coopération entre services de renseignement figurent parmi les exigences formulées par Niamey.

Le calendrier électoral béninois ajoute une dimension supplémentaire. À l’approche de la présidentielle de 2026, l’exécutif béninois a intérêt à afficher un succès diplomatique tangible, notamment auprès des populations du nord du pays directement touchées par la fermeture. Côté nigérien, le général Abdourahamane Tiani cherche à consolider la légitimité économique de son régime, alors que la transition s’inscrit dans la durée.

La réouverture, si elle se confirme, restera probablement graduelle. Un dispositif pilote, limité à certains postes-frontières et à des catégories ciblées de marchandises, pourrait précéder une normalisation complète. Les opérateurs des deux pays, échaudés par les revirements précédents, attendent désormais des actes concrets et un cadre juridique stabilisé. Les discussions se poursuivent à un rythme soutenu entre représentants des deux gouvernements.