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Journalistes au Burkina Faso : une formation militaire imposée par la junte

Des journalistes burkinabè soumis à une semaine d’entraînement militaire

Une quarantaine de journalistes, issus de médias publics et privés du Burkina Faso, viennent de participer à une formation militaire inédite. Présentée comme une « immersion patriotique », cette initiative, désormais annuelle, s’inscrit dans un contexte de lutte contre les groupes armés djihadistes qui secouent le pays depuis plusieurs années. Si cette démarche avait déjà été appliquée en 2023 pour les nouveaux bacheliers, son extension aux professionnels des médias suscite de vives inquiétudes.

Une pression accrue sur la presse nationale

Cette initiative, organisée par le ministère de la Sécurité, s’est tenue à l’Académie de police de Pabré, située à une vingtaine de kilomètres de Ouagadougou. Les images diffusées par la télévision nationale montrent le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, en tenue de combat, fusil à la main, s’adressant aux journalistes. « Allez-vous être des journalistes patriotiques et professionnels ? », leur demande-t-il, avant d’obtenir une réponse unanime et disciplinée : « Affirmatif ! ».

Le haut responsable ajoute : « Un journaliste professionnel et non patriote représente une menace. Un journaliste professionnel et patriote, mais inactif, est un simple spectateur dans un moment historique pour son pays. » Ces déclarations, suivies d’une semaine de formation axée sur les réalités opérationnelles des forces de défense, soulèvent des questions sur l’avenir de la liberté de la presse au Burkina Faso.

Des craintes pour l’indépendance des médias

Le directeur général de l’Académie de police, Lassina Traoré, justifie cette mesure par la nécessité d’« imprégner les journalistes des valeurs et des défis des forces de sécurité ». Pourtant, cette approche est vivement critiquée par les défenseurs des droits de la presse. Selon eux, les journalistes ne doivent pas être réduits à des « relais de l’effort de guerre », encore moins revêtir des uniformes militaires ou manipuler des armes.

Le cas de Serge Oulon, journaliste détenu depuis deux ans après son enlèvement à Ouagadougou, rappelle avec acuité la pression exercée sur les médias. Cette formation, perçue comme une tentative de contrôle accru, s’ajoute à une série de mesures restrictives déjà en place, renforçant les craintes d’un durcissement de la censure et de la propagande d’État.

Un contexte sécuritaire tendu

Avec la montée des attaques djihadistes dans le Sahel, les autorités burkinabè justifient cette initiative par la nécessité de renforcer la cohésion nationale. Cependant, l’obligation faite aux journalistes de suivre ce type de formation interroge : s’agit-il d’un outil de sensibilisation légitime ou d’une stratégie pour museler la presse indépendante ?

Alors que la junte au pouvoir mise sur cette « immersion patriotique » pour mobiliser la population, les professionnels des médias, eux, y voient une menace pour leur neutralité et leur intégrité. La question reste entière : jusqu’où ira l’ingérence des militaires dans le travail des journalistes au Burkina Faso ?