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Incendie du marché d’Anié : après les cendres, la colère monte et Lomé est sommé d’agir

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L’onde de choc provoquée par l’incendie du Grand marché d’Anié continue de se propager dans la région des Plateaux. Alors que les flammes ont ravagé le bâtiment principal dans la nuit, les réactions se multiplient et une question domine toutes les autres : que va-t-il se passer maintenant ? Si aucune vie n’a été perdue, le désastre matériel a plongé des centaines de familles dans la détresse, leurs stocks et leurs économies réduits en fumée. Mais au-delà de l’émotion, c’est bien la suite des événements qui est scrutée par les commerçants et les habitants, qui refusent de voir ce drame classé sans conséquence.

Un désastre aux conséquences durables pour les commerçants d’Anié

Pour les victimes, le plus dur commence. Chaque jour qui passe sans solution concrète enfonce un peu plus ces familles dans la précarité. Les commerçants sinistrés réclament bien plus qu’un soutien ponctuel : ils attendent des mesures de relance, un accompagnement financier et surtout des garanties que pareille tragédie ne se reproduira pas. La disparition de ce poumon économique laisse entrevoir des semaines, voire des mois, de difficultés pour toute la région.

Le constat est sans appel : ce sinistre n’a rien d’un accident isolé. Il vient s’ajouter à une longue série d’incendies qui ont frappé les grands marchés du pays, sans que des réponses structurelles soient apportées. À Anié comme ailleurs, l’absence de dispositifs de prévention et de secours adaptés a transformé un simple départ de feu en catastrophe.

Des infrastructures dangereuses qui attendent toujours d’être rénovées

Comment un marché d’une telle importance stratégique peut-il encore fonctionner sans système moderne de lutte contre les incendies, sans points d’eau opérationnels ni voies d’accès dégagées pour les secours ? La question, posée avec insistance après le drame, renvoie à des décennies de sous-investissement dans les équipements de proximité.

Depuis 2005, les autorités togolaises n’ont pas réussi à moderniser en profondeur ces infrastructures essentielles. Plus de soixante ans après l’arrivée au pouvoir de Gnassingbé Eyadéma, le pays continue de s’appuyer sur des structures héritées du siècle dernier, inadaptées aux réalités démographiques et économiques actuelles. Le décalage entre les ambitions affichées et le quotidien des Togolais n’a jamais été aussi flagrant.

Le « Togo émergent » à l’épreuve des faits

Les discours officiels célèbrent volontiers les grands chantiers, la numérisation et les investissements étrangers. Pourtant, sur le terrain, la réalité reste marquée par des carences criantes :

  • Une prévention inexistante : la plupart des grands marchés du pays, de Lomé à Kara en passant désormais par Anié, demeurent des poudrières logistiques, sans normes électriques conformes ni plans de gestion des risques.
  • Des secours démunis : les sapeurs-pompiers, alertés tardivement ou entravés par le manque de moyens matériels en région, ne peuvent souvent que constater l’ampleur des dégâts.
  • Un pouvoir qui vit sur ses acquis : l’exécutif actuel s’appuie sur l’héritage sécuritaire et les fondations politiques du régime précédent, sans bâtir une politique publique moderne de protection des citoyens et de leurs biens.

Après l’incendie, une exigence de rupture

Les incendies qui ont ravagé par le passé les grands marchés de Lomé et de Kara avaient déjà tiré la sonnette d’alarme. La tragédie d’Anié prouve qu’aucune leçon n’a été retenue. Envoyer des délégations ministérielles distribuer des vivres ou promettre des aides symboliques ne suffira plus. Ce que les Togolais attendent désormais, ce sont des actes : des investissements réels dans la sécurité des infrastructures, une politique de prévention ambitieuse et une protection effective des acteurs économiques du secteur informel.

Car la véritable mission d’un gouvernement est de protéger ses citoyens avant que le drame ne survienne. En laissant les commerçants travailler dans des bâtiments vétustes et vulnérables, le régime en place révèle les limites d’un modèle politique à bout de souffle, davantage préoccupé par sa propre survie que par la sécurité et le bien-être du peuple togolais. L’incendie d’Anié ne doit pas devenir un énième fait divers oublié : il doit marquer le point de départ d’une prise de conscience collective et d’une action politique à la hauteur de l’urgence.

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Charles Mbami

Reporter Sécurité et politique