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Gabon : la recherche scientifique au service de l’autonomie alimentaire

Economie

Gabon : la recherche scientifique au service de l’autonomie alimentaire

Libreville, lundi 8 juin 2026 – L’idée peut paraître ambitieuse, mais elle est devenue le pilier de la nouvelle stratégie économique du Gabon.

Alors que le pays entend réduire fortement sa dépendance aux importations alimentaires et stopper l’arrivée massive de poulets de chair étrangers d’ici 2027, le combat se déplace hors des marchés et des ports. Il se déroule désormais dans les champs expérimentaux du Centre national de la recherche scientifique et technologique, à Kougouleu.

La visite de Charles Edgar Mombo, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et porte-parole du gouvernement, sur ce site stratégique va bien au-delà d’une simple inspection. Elle témoigne d’une nouvelle orientation : la recherche scientifique devient un instrument direct de transformation économique et un levier de souveraineté nationale.

Dans un État où les importations alimentaires pèsent encore lourdement sur la balance commerciale, la capacité à produire localement les matières premières pour l’élevage s’impose comme un enjeu aussi crucial que l’exploitation minière ou énergétique.

La recherche au cœur du projet national

L’objectif fixé par les autorités est net : bâtir une filière avicole capable de satisfaire la demande intérieure tout en réduisant progressivement les achats à l’étranger.

Pour y parvenir, l’alimentation animale est essentielle. Le maïs et le soja constituent les principaux ingrédients des provendes utilisées dans l’élevage industriel de volailles. Tant que ces matières premières restent majoritairement importées, l’autonomie du secteur demeure précaire.

À Kougouleu, les chercheurs du CENAREST travaillent précisément sur ce défi. Onze variétés de maïs sont actuellement testées dans le cadre de programmes d’expérimentation visant à identifier les semences les mieux adaptées aux conditions pédoclimatiques gabonaises.

L’enjeu dépasse la simple performance agricole. Il s’agit de sélectionner des variétés capables de fournir des rendements suffisants pour soutenir durablement une industrie avicole nationale en plein essor.

Les équipes scientifiques ont également lancé des essais sur onze variétés de soja, introduites via une coopération internationale avec des centres de recherche du Malawi. Des expérimentations complémentaires sont menées dans la province de la Nyanga, notamment à Tchibanga, pour évaluer les performances selon les différents écosystèmes du pays.

Cette démarche reflète une évolution notable. Longtemps perçue comme un domaine éloigné des préoccupations économiques immédiates, la recherche devient aujourd’hui un acteur opérationnel du développement.

L’ambition d’une filière intégrée

La stratégie gouvernementale repose sur un principe simple : produire sur place les intrants indispensables à l’élevage afin de diminuer les coûts de production et d’accroître la compétitivité des producteurs gabonais.

Cette vision rejoint une tendance observée dans plusieurs pays africains confrontés à la flambée de leur facture alimentaire. La dépendance aux importations reste l’un des principaux facteurs de vulnérabilité économique du continent.

Le Gabon dispose pourtant d’atouts considérables : des terres fertiles, des ressources en eau abondantes et des conditions climatiques propices à de nombreuses cultures.

Pour Charles Edgar Mombo, les résultats sur le terrain montrent déjà le potentiel du pays. Le ministre a salué l’engagement des scientifiques et souligné la capacité du système national d’enseignement supérieur à accompagner concrètement les grandes orientations fixées par le président Brice Clotaire Oligui Nguema.

Au-delà de l’aspect agricole, le message est politique. La science n’est plus seulement vouée à produire de la connaissance. Elle doit désormais contribuer directement aux priorités nationales.

Une souveraineté qui reste à construire

Les avancées enregistrées sont encourageantes, mais elles ne doivent pas occulter les défis persistants.

Les chercheurs eux-mêmes insistent sur la nécessité d’étendre les surfaces expérimentales pour améliorer la qualité des tests et augmenter les volumes de production. Le passage de l’expérimentation scientifique à la production industrielle constitue souvent l’étape la plus délicate.

L’enjeu financier reste également majeur. La modernisation agricole exige des investissements massifs, des infrastructures adaptées, des mécanismes de financement accessibles aux producteurs et une meilleure organisation des chaînes de valeur.

Mais pour la première fois depuis longtemps, le Gabon semble engager une réflexion cohérente qui relie recherche, agriculture, industrie et souveraineté économique.

La visite ministérielle à Kougouleu symbolise ainsi un changement de paradigme. Dans la nouvelle vision portée par les autorités, l’indépendance alimentaire ne sera pas seulement le fruit d’investissements ou de décisions administratives. Elle passera aussi par les laboratoires, les centres de recherche et l’innovation scientifique.

À l’horizon 2027, si les objectifs sont atteints, le Gabon pourrait prouver qu’en Afrique, la souveraineté alimentaire se construit autant avec les chercheurs qu’avec les agriculteurs. Une transformation silencieuse mais potentiellement décisive pour l’avenir économique du pays.