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Force unifiée de l’AES : les clés pour réussir sa mission sécuritaire

Force unifiée de l’AES : comment concrétiser ses ambitions face aux défis régionaux ?

Le général Assimi Goïta, président de la Transition au Mali, en uniforme militaire vert, passe en revue des troupes lors d'un événement officiel.

Les dirigeants du Mali, du Burkina Faso et du Niger se réunissent à Bamako pour deux jours de sommets décisifs sur la Force unifiée de l’AES. Cette rencontre, prévue les 22 et 23 décembre, vise à évaluer les avancées réalisées depuis la création de la Confédération des États du Sahel (AES) il y a un an. Au programme : examen des défis sécuritaires, diplomatiques et de développement, ainsi que la désignation d’un nouveau président de la confédération.

Selon les autorités maliennes, l’objectif principal est de faire le point sur la mise en œuvre de la feuille de route conçue pour structurer le fonctionnement des instances confédérales. Cette feuille de route a permis, jusqu’à présent, d’assurer la coordination entre les trois États membres et de renforcer leur collaboration face aux menaces communes.

Qu’est-ce que la Force unifiée de l’AES et pourquoi a-t-elle été créée ?

Un véhicule militaire marqué 'FU-AES' lors d'une opération de sécurité dans la région.

Face à l’insécurité croissante et à la mobilité des groupes armés entre les frontières du Mali, du Burkina Faso et du Niger, les trois pays ont décidé de mutualiser leurs ressources militaires. La Force unifiée de l’AES (FU-AES), officiellement lancée le 20 décembre à Bamako, est composée de 5 000 soldats issus des armées nationales. Son objectif est de renforcer la coopération sécuritaire et de mener des opérations coordonnées contre les groupes djihadistes.

Cette force, placée sous le commandement du Général Daouda Traoré (Burkina Faso), marque une étape clé dans la stratégie régionale. Le général Sadio Camara, ministre malien de la Défense, a souligné que « la paix, la sécurité et la souveraineté ne se délèguent pas ». Il insiste sur le caractère irréversible de cet engagement, fondé sur les valeurs sahéliennes de solidarité et de dignité.

Comment la Force unifiée peut-elle atteindre ses objectifs ?

Des soldats de la Force unifiée de l'AES en patrouille lors d'une opération militaire.

Pour être efficace, la FU-AES doit surmonter plusieurs défis majeurs. D’après Fiacre Vidjenagninou, chercheur au Behanzin Institute (Bénin) et à l’Egmont Institute (Bruxelles), une approche militaire pure ne suffira pas. Il insiste sur la nécessité de combiner puissance de feu et gouvernance locale :

  • Concentration des efforts : cibler les zones où l’ennemi est le plus structuré, comme les sanctuaires djihadistes.
  • Mécanisme renseignement-action : collecter, fusionner et exploiter rapidement les informations pour des frappes ciblées.
  • Tenue du terrain : sécuriser les axes routiers, protéger les marchés et les villages, et maintenir une présence durable pour éviter le retour des groupes armés.
  • Soutien des populations : résoudre les conflits communautaires, rétablir la justice locale et rassurer les citoyens pour couper le vivier de recrutement des groupes extrémistes.

Le chercheur avertit : « Une force peut gagner la bataille, mais sans gouvernance minimale, elle ne gagne pas la stabilisation. » Il critique la stratégie du « frapper et partir », qui permet aux groupes armés de revenir rapidement. Pour lui, la FU-AES doit adopter une méthode progressive : d’abord prouver son efficacité à trois, puis élargir la coopération avec les pays voisins de manière opérationnelle.

Une ouverture progressive pour éviter les pièges de la coordination

Les dirigeants du Mali, du Burkina Faso et du Niger lors du sommet fondateur de l'AES à Niamey en juillet 2024.

Fiacre Vidjenagninou met en garde contre une intégration trop rapide d’autres pays dans la FU-AES. Selon lui, élargir trop tôt la force pourrait compliquer la coordination en raison des différences doctrinales et des méfiances potentielles entre les nations. Son conseil : « Commencer par trois, puis étendre la coopération de manière très opérationnelle, avec des opérations coordonnées sur des couloirs précis. »

La crédibilité de la FU-AES dépendra de sa capacité à commander ensemble, à tenir les territoires conquis et à produire des résultats tangibles pour les populations. Les opérations conjointes menées lors de la première année, comme Yéréko I et II, ont permis de neutraliser des chefs djihadistes et de détruire des bases logistiques. Cependant, les groupes armés restent actifs, comme en témoigne le blocus imposé par le JNIM sur les approvisionnements en carburant au Mali.

Les autres projets de l’AES sur la table des discussions

Lors de ce sommet, les dirigeants discuteront également de la création de nouvelles institutions clés pour la confédération :

  • Télévision de l’AES : basée à Bamako, elle viendra compléter la radio « Daandè Liptako, la Voix du Liptako » déjà active à Ouagadougou.
  • Banque confédérale d’investissement et de développement (BCID) : dotée d’un capital initial de 500 milliards de francs CFA, elle vise à financer des projets régionaux.

Ces initiatives s’inscrivent dans la continuité des coups d’État au Mali (2020), au Burkina Faso (2022) et au Niger (2023), qui ont conduit les trois pays à quitter la CEDEAO. Leur alliance, formalisée par la Charte de Liptako-Gourma en septembre 2023, s’est concrétisée en juillet 2024 avec la création de la Confédération des États du Sahel.

La Force unifiée de l’AES représente un tournant stratégique pour la région, mais son succès dépendra de la capacité des trois États à concilier coopération militaire et stabilisation politique. Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer si cette force peut réellement apporter une sécurité durable aux populations sahéliennes.