Fermeture de la frontière entre la rdc et le Rwanda : un coup dur pour les commerçants de goma
À Goma, en République démocratique du Congo, des centaines de commerçants voient leur quotidien basculer depuis que les autorités rwandaises ont scellé les points de passage frontaliers avec la ville de Gisenyi. Cette décision, qui a coupé court aux échanges transfrontaliers, plonge le marché local dans une crise économique sans précédent, où les petits revendeurs sont les premières victimes.
Des revenus en chute libre pour les petits commerçants
Jacques Safari, 26 ans, arpente depuis cinq ans les rues de Goma avec son étal ambulant chargé de plaquettes d’œufs. Chaque matin, avant l’aube, il se rendait à la frontière pour écouler sa marchandise auprès des voyageurs en transit vers Gisenyi. Mais depuis que les passages ont été condamnés, ses ventes se sont effondrées.
« Avant, je vendais jusqu’à cinq plaquettes par jour. Aujourd’hui, deux, c’est déjà un exploit. La fermeture a tout changé. Les voyageurs qui faisaient vivre mon commerce ne passent plus. Sans eux, nos recettes fondent comme neige au soleil. »
Comme lui, des dizaines de vendeurs ambulants et de revendeurs de produits frais subissent de plein fouet les conséquences de cette décision. Les échanges transfrontaliers, qui animaient autrefois l’économie informelle de Goma, ne sont plus qu’un lointain souvenir.
Un approvisionnement en péril pour les grossistes
Les difficultés ne se limitent pas aux seuls vendeurs de rue. Au marché de Birere, les grossistes de produits manufacturés tirent la sonnette d’alarme. L’impossibilité de traverser la frontière les prive d’une source d’approvisionnement essentielle.
« Avant, nous nous rendions facilement à Gisenyi pour acheter en gros du riz, du savon ou d’autres produits de première nécessité. Maintenant, tout est plus compliqué. Les prix ont grimpé, et les stocks s’épuisent. Même les clients se font rares, car l’argent ne circule plus comme avant », explique Hamuli Kasilembo, un négociant établi depuis plus de dix ans dans le secteur.
Les commerçants, qui dépendaient autrefois des achats transfrontaliers pour éviter les marges élevées des fournisseurs locaux, se retrouvent aujourd’hui dans une impasse. Les délais de livraison s’allongent, et les coûts s’envolent, réduisant encore davantage leur marge bénéficiaire.
Une économie locale sous tension
Les économistes alertent sur les répercussions à long terme de cette fermeture. Pour Alphonse Muanda, spécialiste en économie régionale, la mesure prise par Kigali frappe de plein fouet les acteurs les plus vulnérables de l’économie congolaise.
« Les petits commerçants, souvent sans filet social, paient le prix fort. Beaucoup vivaient au jour le jour, dépendant des échanges avec le Rwanda. Fermer la frontière, c’est condamner une partie de la population à la précarité. Les produits de base, comme le savon ou le riz, deviennent inaccessibles pour des familles déjà en difficulté », précise-t-il.
Selon lui, cette situation pourrait s’aggraver dans les prochaines semaines, si la réouverture de la frontière tarde à se concrétiser. Les commerçants de Goma, déjà fragilisés par des années de crise, voient leur avenir s’assombrir.
Rappelons que la fermeture des points de passage a été décidée par les autorités rwandaises pour des motifs sanitaires, afin de limiter la propagation du virus Ebola. Cependant, l’impact socio-économique sur la ville de Goma rappelle que les décisions unilatérales peuvent avoir des conséquences bien au-delà des frontières initialement visées.