Est de la rdc : la commission onusienne précise son action sur les droits humains
Est de la RDC : la Commission d’enquête de l’ONU précise les contours de sa mission sur les droits humains
La Commission d’enquête indépendante des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme dans les provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu a présenté, lors de sa première prise de parole publique, les grandes lignes de son intervention dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Lors d’une intervention devant le Conseil des droits de l’homme à Genève, le président de la Commission, Arnauld Akodjenou, a exposé les priorités de cette mission inédite, lancée à la suite d’une résurgence des violences dans la région. L’objectif affiché : établir les faits, préserver les preuves et prévenir de nouvelles violations, dans un contexte marqué par une crise humanitaire et sécuritaire sans précédent.
« Cette première mission à Kinshasa nous a permis de recueillir des témoignages accablants de survivants, de responsables gouvernementaux et d’acteurs de la société civile, a indiqué Arnauld Akodjenou. Les informations recueillies révèlent une situation d’une gravité extrême, avec des violations massives des droits humains touchant particulièrement les civils, les femmes et les enfants. »
Parmi les violations documentées, la Commission cite des cas de violences sexuelles liées au conflit, d’esclavage sexuel, de recrutement forcé de mineurs, d’assassinats ciblés, d’arrestations arbitraires, ainsi que des entraves systématiques à l’accès humanitaire. Les témoignages évoquent également des barrages routiers illégaux, des « taxes » imposées aux populations, des menaces contre les défenseurs des droits humains et les journalistes, et une détérioration alarmante de l’accès aux soins, aggravée par l’épidémie d’Ebola.
« Nous avons entendu des récits terrifiants de familles déplacées, de villages incendiés et de communautés entières privées de leurs moyens de subsistance, a souligné le président de la Commission. Ces souffrances imposées aux civils doivent cesser. Notre mandat n’a pas pour but de désigner des coupables, mais de rétablir la vérité dans l’intérêt des victimes et de contribuer à la lutte contre l’impunité. »
Une mission à haut risque
Bien que la Commission n’ait pu se rendre à Goma lors de cette première phase, elle a rencontré des représentants des provinces concernées à Kinshasa. « Nous prévoyons de nous déployer dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu dès que les conditions le permettront, a indiqué Arnauld Akodjenou. L’accès sécurisé aux zones touchées est une priorité absolue pour protéger les victimes, les témoins et les acteurs locaux qui collaborent avec nous. »
La Commission a également rappelé que son action s’inscrit dans le cadre d’une résolution adoptée en février 2025 par le Conseil des droits de l’homme, chargeant les enquêteurs d’examiner les causes profondes des violences, notamment les crimes internationaux potentiels et les violations systématiques du droit international humanitaire. Cette mission, qui couvre une période débutant en janvier 2025, vise à fournir des recommandations concrètes pour éviter de nouvelles exactions et faciliter la reconstruction de la paix.
« Nous ne préjugeons pas des responsabilités individuelles, a conclu Arnauld Akodjenou. Notre rôle est de documenter avec rigueur et impartialité les événements survenus, afin que justice soit rendue et que les auteurs de ces crimes répondent de leurs actes devant la communauté internationale. »