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Enquête onusienne en RDC : le manque de fonds paralyse la commission sur le Nord-Kivu et le Sud-Kivu

La mission de la Commission d’enquête indépendante de l’ONU sur les droits de l’homme au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, en République Démocratique du Congo, se heurte à des obstacles majeurs. Parmi eux, les contraintes financières imposées aux Nations Unies limitent désormais ses capacités à enquêter et à documenter les violences dans ces provinces de l’Est congolais.

Lors de sa première visite à Kinshasa, la Commission a mené des consultations approfondies avec des acteurs locaux. Elle a échangé avec des représentants d’associations de victimes, des défenseurs des droits humains, des membres de la société civile, des responsables gouvernementaux, des représentants onusiens, ainsi qu’avec des diplomates et l’institution nationale dédiée à la protection des droits fondamentaux. Cependant, l’accès à Goma, une ville clé du conflit, reste compromis en raison de l’instabilité sécuritaire persistante.

Des missions reportées faute de moyens logistiques et financiers

Les difficultés ne se limitent pas à la sécurité. Les restrictions budgétaires imposées par le siège des Nations Unies à New York réduisent considérablement l’efficacité opérationnelle de la Commission. Selon son président, Arnauld Akodjenou, ces contraintes impactent directement sa capacité à déployer des équipes d’enquête, à recruter des interprètes, à analyser les données recueillies et à financer ses déplacements sur le terrain.

Malgré ces défis, la Commission assure maintenir son engagement à remplir son mandat avec rigueur et impartialité. « Les souffrances portées à notre connaissance exigent des enquêtes approfondies et une réponse internationale sans faille », a-t-il déclaré lors d’un dialogue interactif renforcé au Conseil des droits de l’homme à Genève.

Un mandat étendu pour identifier les responsables et protéger les victimes

Créée en février 2025 par une résolution exceptionnelle du Conseil des droits de l’homme, la Commission a pour mission d’enquêter sur les violations présumées des droits de l’homme et du droit humanitaire international. Elle se concentre notamment sur les crimes touchant les femmes, les enfants, les personnes déplacées ou réfugiées, ainsi que sur les violences sexuelles et sexistes. Depuis le début de l’escalade des hostilités en janvier 2025, ses investigations visent également à examiner d’éventuels crimes internationaux commis dans le cadre du conflit.

La Commission souligne l’urgence de garantir un accès humanitaire sûr et sans entrave à toutes les zones affectées, en particulier pour les populations les plus vulnérables : femmes, enfants, personnes handicapées, personnes âgées et survivants de violences. Elle insiste sur la nécessité de protéger les témoins, les victimes, les défenseurs des droits humains, les journalistes et les représentants communautaires contre toute forme de représailles ou d’intimidations pour leur collaboration avec les mécanismes onusiens.

Au cours de son intervention, Arnauld Akodjenou a rappelé que la Commission doit établir les faits, préserver les preuves, identifier les responsables et analyser les causes profondes des cycles de violence. « Protéger la sécurité, la dignité et la confiance des victimes et des témoins est essentiel », a-t-il souligné, tout en exhortant toutes les parties prenantes à faciliter le travail des acteurs humanitaires et médicaux sur le terrain.

Un appel à l’action internationale renforcée

La Commission a également mis en lumière les risques sanitaires liés à la propagation de l’Ebola dans les zones de conflit, où les déplacés sont particulièrement exposés. Elle a appelé les belligérants à lever les obstacles à l’accès des équipes médicales et à assurer la protection des travailleurs humanitaires.

Face à ces enjeux, la Commission réaffirme sa détermination à documenter les violations, à préserver les preuves et à préparer le terrain pour une justice transitionnelle. Son travail, bien que entravé par des contraintes extérieures, reste crucial pour la recherche de la vérité et la protection des populations civiles dans l’Est de la RDC.

Conseil des droits de l’homme à Genève