Dialogue national en RDC : les réformes majeures annoncées par Félix Tshisekedi
Félix Tshisekedi lance un dialogue national inédit pour la République démocratique du Congo

Le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a dévoilé le 27 août 2024 un ambitieux projet de dialogue national visant à restaurer la paix, renforcer la cohésion sociale et refonder les institutions étatiques. Cette initiative, qualifiée de « première du genre », se distingue par son approche décentralisée et participative.
Lors de son allocution, le chef de l’État a souligné l’urgence d’agir face aux défis sécuritaires, politiques et économiques qui minent le pays depuis des années. « Ce dialogue ne sera pas une simple réunion à Kinshasa, mais un processus ancré dans chaque province, chaque territoire et chaque communauté », a-t-il déclaré.
Un dialogue national ancré dans les provinces : une première en RDC

Concrètement, le dialogue débutera par une série de consultations dans l’ensemble des 26 provinces de la RDC. Des forums provinciaux réuniront élus locaux et nationaux, partis politiques (majorité et opposition), représentants de la société civile, chefs coutumiers, leaders religieux ainsi que des acteurs économiques et universitaires.
L’objectif affiché est clair : chaque province devra établir un diagnostic exhaustif des défis locaux, incluant l’insécurité, les conflits fonciers, les tensions communautaires, les dysfonctionnements administratifs et les inégalités socio-économiques. Les conclusions de ces travaux serviront ensuite de base aux assises nationales prévues à Kinshasa.
Deux ordonnances présidentielles pour encadrer le processus
Pour concrétiser cette initiative, Félix Tshisekedi a annoncé la signature prochaine de deux ordonnances. La première créera un comité d’organisation chargé de préparer les aspects logistiques et administratifs du dialogue. La seconde convoquera officiellement les participants et définira les règles de représentation, les étapes du processus ainsi que les mécanismes de suivi des recommandations.
Le président a fixé une durée maximale de trois mois pour l’ensemble des travaux. À l’issue des assises, un « pacte national » sera adopté, accompagné d’un dispositif permanent de suivi des engagements pris. Cette démarche vise à garantir la mise en œuvre effective des solutions proposées.
Les lignes rouges fixées par le président Tshisekedi

Félix Tshisekedi a également défini des limites strictes à ne pas franchir. Il a catégoriquement exclu toute interprétation du dialogue comme un espace de partage du pouvoir. « Nous avons trop souvent privilégié les arrangements politiques au détriment de la consolidation de l’État », a-t-il rappelé.
Autres principes non négociables : le respect absolu des institutions issues des élections de 2023 et le maintien de l’ordre constitutionnel. Concernant la participation des groupes armés, le président a été sans ambiguïté : « Nul ne peut prétendre siéger à la table nationale s’il prend les armes contre elle ». Cette position exclut notamment les mouvements actifs dans l’est du pays, malgré les négociations en cours à Doha.
Le chef de l’État a par ailleurs réaffirmé que le dialogue national ne se substituerait pas aux initiatives diplomatiques régionales et internationales en cours.
Réactions contrastées : entre soutien et scepticisme
Claudel Lubaya : un « rendez-vous manqué »
L’opposant Claudel Lubaya a vivement critiqué l’annonce présidentielle. Dans un message publié sur le réseau social X, il a dénoncé l’absence de « hauteur de vue » et de réponses adaptées aux défis du moment. Selon lui, le dialogue proposé ne répond pas aux attentes des Congolais et risque davantage de servir les intérêts de la coalition au pouvoir que de créer un véritable cadre de concertation nationale.
L’ancien député a qualifié cette initiative de « rendez-vous manqué avec l’histoire », soulignant que le problème réside moins dans la forme que dans le fond du projet.
Christian Mwando : une approche jugée insuffisante

Christian Mwando Nsimba, député et figure de l’opposition au sein du parti Ensemble pour la République, a également émis de sérieuses réserves. Pour lui, le format proposé par le président Tshisekedi s’apparente à une « vaste kermesse » qui ne permettra pas de mettre fin aux conflits persistants.
L’opposant s’interroge notamment sur l’absence du terme « inclusif » dans le discours présidentiel, alors que cette notion était au cœur des précédentes discussions sur un dialogue national. Il questionne également la coexistence entre ce nouveau cadre et le processus de Doha concernant l’AFC/M23.
Jean-Claude Katende : un discours salué sous conditions
À l’inverse, Jean-Claude Katende, président de l’Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO), a exprimé son soutien à plusieurs aspects du discours présidentiel. Il a notamment salué le refus catégorique d’un partage du pouvoir et l’accent mis sur la participation citoyenne et le suivi des résolutions.
« Je souscris au discours du président Félix Tshisekedi sur le dialogue dans la mesure où il a clairement exclu tout partage du pouvoir », a-t-il déclaré. Cependant, il a appelé à une vigilance accrue pour s’assurer que les promesses ne se transforment pas en simples déclarations de principe.
Un test politique pour le pouvoir et l’opposition

L’annonce de ce dialogue national s’inscrit dans un contexte marqué par une crise sécuritaire persistante à l’est du pays et des tensions politiques internes. Pour le pouvoir, l’enjeu est de convaincre l’ensemble des acteurs nationaux de la crédibilité de ce processus et de sa capacité à produire des résultats tangibles.
Du côté de l’opposition, la question centrale reste de savoir si ce dialogue constituera une réelle avancée vers une concertation nationale ou s’il servira principalement les intérêts de la majorité présidentielle. Les prochaines ordonnances annoncées par le président devraient apporter des éclaircissements sur la composition du comité préparatoire et les modalités de participation aux assises nationales.