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Crise politique au Sénégal : sonko de retour à l’assemblée, un duel faye-sonko s’annonce

Crise politique au Sénégal : Bassirou Diomaye Faye limoge son allié Ousmane Sonko

Rencontre entre l'ancien Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko (à gauche) et le président Bassirou Diomaye Faye (à droite) au palais présidentiel de Dakar, le 16 octobre 2025

Le vendredi 22 mai, le président Bassirou Diomaye Faye a annoncé le limogeage de son Premier ministre et allié de longue date, Ousmane Sonko, ainsi que de l’ensemble du gouvernement. Dès hier, dimanche 24 mai, Ousmane Sonko retrouve son siège de député. Parallèlement, Malick Ndiaye, président de l’Assemblée nationale, a présenté sa démission. Un nouveau vote pour élire son successeur est prévu mardi 26 mai – et Ousmane Sonko pourrait bien en sortir vainqueur. Les observateurs s’attendent désormais à un affrontement sans précédent entre l’exécutif et le législatif.

Une rupture annoncée depuis des mois

Les tensions entre les deux figures du pouvoir étaient palpables depuis plusieurs mois. Selon des analystes sénégalais, cette séparation était inévitable : « Le duo Faye-Sonko incarnait une contradiction profonde et insoluble. Ce n’est ni une question de talent ni de divergence idéologique. Une République ne peut fonctionner comme un duo de jazz où deux solistes improvisent sans partition commune. Le pouvoir exécutif, par nature, est centralisé. L’Histoire africaine, de Nkrumah à Sankara en passant par Modibo Keïta ou Laurent-Désiré Kabila, montre que les cohabitations entre deux forces égales se soldent toujours par l’éviction de l’un ou la destruction des deux. »

Des fractures apparues dès l’été 2025

Les premiers signes de discorde remontent à juillet 2025, lorsque Ousmane Sonko évoquait déjà des « problèmes d’autorité », reprochant au président de ne pas suffisamment le soutenir face aux critiques politiques. La rupture définitive a été actée après une séance houleuse à l’Assemblée, où l’ex-Premier ministre a publiquement remis en cause plusieurs décisions présidentielles, qualifiant notamment la gestion des fonds politiques de « faute ».

Un bras de fer entre exécutif et législatif

Les spécialistes s’interrogent : Ousmane Sonko deviendra-t-il le principal opposant à Bassirou Diomaye Faye ? Fort de son ancrage populaire, Sonko représente une menace réelle pour le chef de l’État. Le prochain round se jouera probablement au sein même de l’hémicycle. « Le combat politique risque de se déplacer à l’Assemblée nationale, dans un affrontement direct entre le président et les députés », analyse Moussa Diaw, politologue à l’université Gaston-Berger de Saint-Louis. Il souligne le risque de blocage des réformes institutionnelles en cours, notamment les quatre projets de loi sur la Constitution, la Cour constitutionnelle, les partis politiques et la création d’une Commission électorale nationale indépendante.

Le Pastef face à la coalition présidentielle

La situation oppose désormais le Pastef, contrôlé par Ousmane Sonko, à la Coalition Diomaye Faye président. « C’est une guerre des pouvoirs majoritaires qui se profile, avec en ligne de mire les élections locales de 2027 et surtout la présidentielle de 2029 », observe un observateur basé à Dakar. Une source de doute, de colère et de désarroi parmi les militants du Pastef, en particulier les jeunes Sénégalais, qui avaient placé leur espoir dans ce duo et se retrouvent aujourd’hui sans repères.

Ousmane Sonko peut-il l’emporter ?

Certains experts estiment que l’ancien Premier ministre pourrait tirer son épingle du jeu. « L’épreuve de force est lancée. Et elle pourrait tourner à l’avantage d’Ousmane Sonko », commente Adrien Poussou, analyste géopolitique. Il rappelle que le Pastef dispose d’une base militante solide, d’un électorat jeune et mobilisé, et d’un récit politique forgé pendant les années d’opposition au régime de Macky Sall. « Même si la justice l’a empêché de se présenter en 2024, il reste la figure centrale autour de laquelle s’est cristallisée l’espoir de changement ». Certes, Bassirou Diomaye Faye bénéficie de la légitimité institutionnelle, mais Sonko conserve une légitimité populaire et militante redoutable, un atout décisif dans une confrontation future.