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Politique

Crise pétrolière au Niger : quand l’Algérie devient le dernier recours énergétique des nigériens

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Le Niger, autrefois exportateur de produits pétroliers raffinés vers ses voisins, doit aujourd’hui compter sur des convois de carburant en provenance de l’Algérie pour éviter les ruptures de stock sur son marché intérieur. Une situation qui interroge lourdement la gestion des ressources énergétiques nationales, entre déficits structurels et priorités mal définies.

Quand les raffineries nigériennes peinent à couvrir les besoins locaux

Avec une raffinerie en activité à Zinder (SORAZ), le Niger produit annuellement des centaines de millions de litres d’essence. Pourtant, depuis le début de l’année 2025, la production ne suffit plus à satisfaire la demande nationale. En 2023, la SORAZ expédiait encore 37,69 millions de litres d’excédent vers l’exportation. Mais dès 2024, ce volume tombe à zéro. Pire : en 2025, la production de super est entièrement absorbée par le marché domestique, sans marge de sécurité. Ces chiffres révèlent un basculement préoccupant, où les réserves autrefois exportables sont désormais réorientées vers la consommation intérieure, parfois de manière improvisée.

L’ombre d’une dette colossale et des stocks sacrifiés

Au cœur de cette crise se trouve la Société nigérienne de produits pétroliers (SONIDEP), dont les difficultés financières sont désormais évoquées publiquement. Une dette estimée à plus de 418 milliards de FCFA pèse sur ses capacités à gérer les stocks et les flux de carburant. Les questions s’accumulent : les ventes sont-elles effectivement recouvrées ? Les créances sur les distributeurs sont-elles maîtrisées ? Où sont passés les revenus générés par la commercialisation des produits pétroliers ? L’accumulation de cette dette suggère des dysfonctionnements majeurs dans la chaîne de valeur, entre retards de paiement, manque de transparence et gestion hasardeuse des réserves.

Des rumeurs persistantes évoquent également la vente de stocks stratégiques à des conditions préférentielles, dans une tentative désespérée de générer des liquidités. Si ces allégations s’avéraient fondées, leur impact sur la souveraineté énergétique du pays serait dramatique : une raffinerie ne peut fonctionner durablement sans entretien préventif, et un État ne peut prétendre à l’autonomie sans réserves de précaution suffisantes.

Le Nigeria, un circuit informel qui a la peau dure

Pendant des années, le marché nigérien a été partiellement alimenté par du carburant introduit frauduleusement depuis le Nigeria voisin. La suppression des subventions nigérianes et le renforcement des contrôles frontaliers ont cependant réduit ces approvisionnements parallèles. En mars 2025, un responsable de la SONIDEP reconnaissait que Niamey ne recevait que 25 citernes par jour de la SORAZ, alors que les besoins nationaux s’élevaient à 50 citernes quotidiennes. Ce déficit a révélé l’absence de mécanismes alternatifs pour compenser la perte de ces circuits informels, pourtant illégaux, mais indispensables.

Pourquoi ces solutions d’urgence n’ont-elles pas été anticipées ? Pourquoi les capacités de stockage et d’importation n’ont-elles pas été renforcées en amont ? Ces manquements soulignent un vide stratégique dans la planification énergétique du Niger, où les priorités se font souvent au gré des urgences plutôt que de projets structurants.

Le détour par Bamako : une solidarité coûteuse

En novembre 2025, le Niger a participé à une opération de solidarité énergétique en acheminant des convois de carburant vers Bamako, malgré les tensions sécuritaires persistantes au Mali. Cette initiative s’est accompagnée de sanctions sévères : quatorze transporteurs ont été suspendus et dix-neuf conducteurs ont vu leur permis de conduire révoqué pour avoir refusé de participer à ces livraisons. Pourtant, au moment où ces convois quittaient le territoire nigérien, la question des réserves locales est passée au second plan. Comment justifier l’envoi de carburant à l’étranger alors que le marché intérieur commence à montrer des signes de tension ?

Cette opération met en lumière un double discours : d’un côté, une volonté affichée de soutenir les pays frères ; de l’autre, une gestion nationale des ressources pétrolières qui peine à concilier solidarité internationale et souveraineté énergétique. Où étaient les réserves stratégiques à ce moment précis ? Une évaluation rigoureuse des capacités nationales a-t-elle été réalisée avant de s’engager dans cette démarche ?

L’Algérie, partenaire incontournable ou symptôme d’un échec ?

L’arrivée de 53 camions-citernes algériens à Agadez en novembre 2026 a été saluée comme une preuve de coopération transfrontalière. Pourtant, ce convoi de 1,65 million de litres ne saurait masquer les lacunes structurelles du système énergétique nigérien. Depuis octobre 2026, les autorités ont même interdit l’exportation de super et de gasoil pour privilégier l’approvisionnement local, confirmant ainsi l’urgence à laquelle le pays est confronté. Les mesures annoncées, comme le contrôle renforcé des stocks, restent à prouver quant à leur efficacité durable.

Le vrai défi, désormais, est de comprendre pourquoi un pays producteur de pétrole doit importer une partie de son carburant, alors qu’il dispose d’infrastructures de raffinage. La rupture des approvisionnements informels en provenance du Nigeria, conjuguée à des choix économiques discutables et à une gestion opaque de la SONIDEP, a révélé les failles d’un système qui n’a pas su anticiper ses propres besoins. Alors que des millions de nigériens dépendent de la disponibilité du carburant pour leurs déplacements, leurs activités professionnelles ou l’agriculture mécanisée, cette dépendance aux importations étrangères pose une question fondamentale : le Niger est-il condamné à importer son essence alors qu’il en produit ?

Transparence et audit : un remède à l’opacité actuelle

Pour sortir de cette impasse, le Niger a besoin de réponses claires et documentées. Plusieurs questions restent en suspens : où sont passés les excédents pétroliers des années précédentes ? Quel est le niveau réel des réserves stratégiques aujourd’hui ? Pourquoi le déficit de super est-il passé de 47,25 millions de litres en 2024 à 196,62 millions entre janvier et août 2026 ? Quelles sont les causes exactes de l’endettement de la SONIDEP, et dans quelles conditions le carburant algérien a-t-il été acheté ?

Une enquête indépendante sur toute la chaîne pétrolière – de la production à Zinder jusqu’à la distribution dans les stations-service – est indispensable. Elle doit examiner les flux financiers, les stocks, les exportations arbitraires et les importations d’urgence. Il est temps de connaître l’impact de ces décisions sur les recettes publiques et sur la capacité du pays à garantir un approvisionnement régulier à ses citoyens.

Souveraineté énergétique : un objectif encore lointain

Le Niger n’est pas un pays sans pétrole. Il possède une raffinerie, des ressources nationales et une expertise commerciale. Pourtant, en 2026, ses autorités se retrouvent contraintes de solliciter un partenaire étranger pour éviter des ruptures de stock. Ce paradoxe révèle une gestion défaillante, où les décisions politiques et économiques ont souvent primé sur la rigueur technique et la planification à long terme. Produire du pétrole ne suffit pas : encore faut-il en organiser la distribution, en gérer les stocks et en sécuriser l’approvisionnement pour toutes les régions du pays.

La réception de ces citernes algériennes sous les applaudissements officiels ne doit pas occulter l’essentiel : le Niger doit aujourd’hui justifier comment un producteur de pétrole en est arrivé à dépendre d’un approvisionnement extérieur pour satisfaire son marché intérieur. Si aucune réponse transparente n’est apportée, la question de la gouvernance énergétique nigérienne ne sera plus une anomalie, mais bien une menace pour la stabilité économique et sociale du pays.

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Charles Mbami

Journaliste