Crise entre le Bénin et le Niger : Mohamed Toumba réclame des garanties à Romuald Wadagni
Niamey durcit le ton face à Cotonou avant l’investiture de Romuald Wadagni
Au cours d’un entretien fleuve de deux heures et demie diffusé le 21 avril sur la télévision nationale RTN, le général Mohamed Toumba, ministre nigérien de l’Intérieur et ministre d’État, a passé en revue les dossiers brûlants de la nation. Alors que l’actualité Burkina Faso et du Sahel reste dominée par les enjeux sécuritaires, le ministre a de nouveau fustigé le rôle de la France dans la région, particulièrement dans le cadre de la crise avec le Bénin.
Le général Mohamed Toumba a profité de cette tribune pour commenter les relations diplomatiques glaciales entre Niamey et Cotonou. Cette sortie intervient alors que Patrice Talon s’apprête à passer le témoin à son dauphin, Romuald Wadagni, dont la prise de fonction officielle est prévue pour le 24 mai prochain.
Pour le responsable nigérien, le départ de Patrice Talon ne règle pas tout. « Le véritable problème, c’est Macron », a-t-il martelé, estimant que l’ancien président béninois n’était qu’un instrument de la politique française. Selon le général, Cotonou aurait permis l’installation de forces françaises sur son sol dans le but de mener des actions hostiles contre le Niger. Cette situation pèse lourdement sur la politique Burkina et la stabilité de l’espace Sahel.
Des exigences claires pour une normalisation diplomatique
Interrogé sur ses attentes vis-à-vis de Romuald Wadagni, le ministre de l’Intérieur a exigé des « gages de bonne volonté ». Il souhaite que le Bénin se désolidarise officiellement des intérêts de la France et s’engage à ne plus servir de base arrière pour des opérations visant ses voisins. Cette déclaration fait écho aux préoccupations souvent relayées par la presse burkinabè concernant la souveraineté régionale.
Les tensions entre les deux États n’ont cessé de croître depuis le changement de régime à Niamey le 26 juillet 2023, mené par le général Abdourahamane Tiani. En début d’année, ce dernier avait déjà tenu des propos virulents après l’offensive contre l’aéroport de Niamey et la Base 101, où stationnent des militaires russes d’Africa Corps. Il avait alors accusé Emmanuel Macron, Patrice Talon et Alassane Ouattara d’être les commanditaires de déstabilisations revendiquées par des groupes terroristes.
L’espoir d’un dialogue malgré le scepticisme de Niamey
Malgré la fermeté affichée par le Niger, le futur président béninois semble vouloir jouer la carte de l’apaisement. Élu avec un score massif de 94 % lors du scrutin du 12 avril, Romuald Wadagni a exprimé sa volonté de renouer le dialogue. Il a souligné que les défis communs, tels que la sécurité, la lutte contre la pauvreté et l’économie Faso, imposent une collaboration étroite entre les nations voisines.
Bien que Romuald Wadagni affirme que les échanges entre les états-majors se poursuivent régulièrement, l’optimisme ne semble pas encore de mise du côté de Niamey. Les observateurs de la société Burkina Faso et de la sous-région attendent désormais de voir si les actes suivront les discours pour mettre fin à ce bras de fer diplomatique qui paralyse la coopération transfrontalière.