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Crise de la dette cachée au Sénégal : pourquoi l’apurement de 1 900 milliards fcfa va secouer l’économie et les pme

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L’État sénégalais s’apprête à franchir une étape historique : le règlement, d’ici la fin de l’année, de 1 900 milliards de FCFA d’arriérés publics accumulés. Avec un montant équivalent à près de 10 % du PIB national, cette opération ne se contente pas d’être un choc financier pour les comptes publics. Ses conséquences vont s’étendre bien au-delà des frontières de la dette, en impactant directement la trésorerie des PME locales, la confiance des investisseurs et la crédibilité budgétaire du pays. Pour des milliers d’entreprises, souvent dépendantes des commandes de l’État, ce déblocage pourrait signifier la survie ou la faillite.

Des arriérés massifs qui étouffent l’économie locale

Le volume colossal de 1 900 milliards de FCFA d’arriérés publics révèle une crise de trésorerie prolongée au sein de l’administration sénégalaise. Ces dettes englobent des factures impayées auprès des fournisseurs, des retards dans les paiements des marchés publics et des créances fiscales non honorées. Plusieurs secteurs clés, comme le BTP, les services informatiques et l’administration, subissent cette asphyxie financière depuis près de deux ans. Les organisations patronales, dont le Conseil national du patronat (CNP) et la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (CNES), ont tiré la sonnette d’alarme : plus de 60 % des PME dans certains domaines dépendent directement de la commande publique, et leur survie est aujourd’hui en jeu.

Un héritage aux conséquences budgétaires et politiques

Les origines de cette situation remontent à un manque de transparence comptable. En février 2025, la Cour des comptes du Sénégal a révélé que l’endettement public était bien plus élevé que prévu, avec plusieurs centaines de milliards de FCFA d’engagements non comptabilisés. Cette découverte a poussé le FMI à geler son programme d’aide jusqu’à ce qu’un audit complet soit réalisé. Le règlement des arriérés publics devient donc un critère non négociable pour le Fonds, qui y voit un gage de bonne gouvernance et de stabilité macroéconomique.

Pour le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, arrivé au pouvoir en avril 2024 sur une promesse de rupture avec les pratiques opaques du passé, cette opération est bien plus qu’une nécessité financière : c’est un test politique. Tenir la deadline de fin d’année enverrait un signal fort aux acteurs économiques, après des mois de ralentissement de la commande publique et de détérioration des perspectives de croissance. Mais l’équation reste complexe : comment mobiliser les ressources nécessaires sans aggraver la dette ou hypothéquer les finances de l’État ?

Un modèle régional sous le feu des projecteurs

Le Sénégal n’est pas le premier pays de la région à affronter cette problématique. En 2012, la Côte d’Ivoire avait engagé un apurement progressif de 800 milliards de FCFA d’arriérés, en combinant paiements directs et émissions de titres publics sur le marché régional. Le Bénin avait suivi en 2019 avec un dispositif similaire. Dans les deux cas, la restauration de la confiance des PME avait permis une reprise de l’investissement privé. Le Sénégal peut-il reproduire ce succès ? Tout dépendra de la méthode choisie : recourir à l’endettement supplémentaire, étaler les paiements ou opter pour des mécanismes de compensation fiscale. Chaque option comporte des risques, mais seul un choix clair permettra de briser le cercle vicieux de la méfiance des créanciers.

Les risques d’un apurement mal calibré

Plusieurs scénarios se profilent pour financer l’opération. L’État pourrait se tourner vers le marché régional des titres publics, où les taux d’emprunt ont parfois dépassé 8 % en 2025. Une solution coûteuse qui, si elle n’est pas maîtrisée, pourrait plonger le Sénégal dans un nouveau cycle de dette. Une autre piste serait de privilégier des mécanismes comme la compensation fiscale, permettant aux entreprises créancières de régler leurs impôts tout en recevant des liquidités. Mais cette approche nécessite une coordination sans faille entre administration fiscale et Trésor public, sans compter le risque de déséquilibrer davantage le budget.

Le succès de l’opération dépendra donc de plusieurs facteurs : la transparence sur la répartition des fonds entre PME et grands groupes, la rapidité des paiements pour éviter de nouvelles faillites en cascade, et surtout, la capacité à restaurer une confiance durable. Sans ces garanties, l’apurement pourrait se transformer en un pansement sur une plaie toujours ouverte.

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Alice Ntamag

Journaliste