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Crise dans les rangs : comment les dérives de l’armée malienne menacent la sécurité nationale

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Alors que les autorités maliennes mettent en avant une reconquête territoriale et une armée toujours plus performante, la tenue d’un procès historique devant le Tribunal militaire de Mopti à Sévaré révèle une réalité bien plus troublante. Avec 72 prévenus, dont une écrasante majorité de militaires, jugés pour 43 affaires allant du trafic d’armes à la désertion, en passant par des crimes graves, cette session judiciaire expose les fractures profondes qui minent les Forces armées maliennes (FAMa) de l’intérieur. Les conséquences pour le pays et ses citoyens sont désastreuses.

Des armes de l’état entre les mains des groupes terroristes : un cercle vicieux mortel

Parmi les dossiers examinés, près de la moitié concernent la disparition, le vol ou le détournement d’armes, de munitions et d’équipements militaires. Derrière ces termes techniques se cache un drame sécuritaire : une partie non négligeable de l’arsenal malien, financé par l’État, se retrouve entre les mains des ennemis jurés de la nation. Dans les zones de conflit du Centre et du Nord, ces armements, soustraits par négligence, corruption ou complicité, renforcent directement les capacités opérationnelles du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et de l’État islamique au Grand Sahara (EIGS). Ironie tragique : les soldats maliens tombent parfois sous les balles d’armes payées par leur propre pays.

Désertions et exactions : une armée en perte de légitimité et d’efficacité

Le phénomène des désertions, identifié comme le deuxième groupe d’infractions le plus répandu, illustre une crise morale et organisationnelle sans précédent. Les abandons de poste et les départs irréguliers se multiplient, réduisant les effectifs sur le terrain et sapant la cohésion des troupes. Malgré les appels à la discipline et les ultimatums de l’état-major, la tendance persiste, révélant un épuisement profond parmi les rangs.

La situation prend une dimension encore plus grave avec les bavures commises par des militaires : assassinats, tortures, séquestrations et violences sexuelles contre des civils. Ces agissements, en plus d’être moralement inacceptables, aliènent les populations locales, privant l’armée de son principal allié : la confiance de la population. Pire, ils offrent aux groupes insurgés un terrain fertile pour leur propagande, qui se présente comme une alternative face aux abus de l’État.

Une justice militaire à l’arrêt : l’impasse des retards judiciaires

Le procès de Sévaré, présenté comme une démonstration de transparence, met en lumière les déficiences structurelles du système judiciaire militaire. Les audiences, rares et espacées, sont justifiées par l’insécurité, le manque de magistrats et les contraintes logistiques. Pourtant, cette lenteur a des conséquences dramatiques : des détentions provisoires abusives, avec des prévenus incarcérés pendant des années sans jugement. Le Barreau malien dénonce ces dysfonctionnements, qui sapent la crédibilité de l’institution et alimentent le sentiment d’impunité.

Un appel à l’autocritique et à la réforme urgente

Pour le colonel Assimi Goïta et la hiérarchie militaire, ce procès ne doit pas être perçu comme une simple opération de nettoyage ou un exercice de communication. Il s’agit d’un signal d’alarme : aucune stratégie militaire ne peut réussir si la chaîne de commandement ferme les yeux sur le détournement d’armes vers l’ennemi, si la discipline se dégrade et si la justice fonctionne au ralenti. Avant de demander la confiance des Maliens, l’armée doit d’abord corriger ses propres failles et mettre fin aux fuites qui affaiblissent sa puissance et menacent la stabilité du pays.

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Charles Mbami

Journaliste