Crise au Burkina, Mali et Niger : les juntes militaires recourent à la répression
Des régimes militaires sous pression face à leur incapacité à garantir la sécurité
Au Burkina Faso, au Mali et au Niger, les juntes militaires au pouvoir ont basculé dans une logique répressive sans précédent. Enlèvements, détentions arbitraires, restrictions des libertés fondamentales et fake news : ces stratégies, censées masquer leurs échecs, plongent les populations dans une précarité croissante. Les défenseurs des droits humains et les médias indépendants subissent une répression systématique.
Une crise de légitimité profonde et des promesses non tenues
Alioune Tine, président d’Afrikajom Center et figure des droits humains, analyse sans détour la situation : « Les régimes militaires de l’Alliance des États du Sahel (AES) sont en grande difficulté. Au Burkina Faso, comme au Mali et au Niger, ces juntes se trouvent dans une impasse totale. »
Pour justifier leur prise de pouvoir, les militaires avaient évoqué une dégradation de la situation sécuritaire. Pourtant, celle-ci s’est aggravée depuis leur arrivée, avec des attaques de plus en plus fréquentes et meurtrières. « Quand on s’empare du pouvoir par la force, on craint toujours de le perdre de la même manière », souligne M. Tine.
Le capitaine Ibrahim Traoré, au pouvoir au Burkina Faso, avait promis un retour rapide à l’ordre civil. Aujourd’hui, aucune élection n’est en vue, et la répression s’intensifie. « Toutes ces promesses sont restées lettre morte. La situation des droits humains se dégrade, avec des massacres ciblant notamment les communautés peules », dénonce-t-il.
Un climat de tension extrême et des accusations de mutinerie
La RTB, chaîne publique burkinabè, a été la cible d’un obus le 12 juin, faisant plusieurs blessés. Cette attaque a alimenté les rumeurs de mutinerie au sein de l’armée et de tentative de coup d’État. Face à la panique générale, Ibrahim Traoré a tenté de rassurer la population lors d’une allocution télévisée, qualifiant l’incident de « fake news » et niant toute fronde interne.
Pourtant, les tensions persistent. Les réseaux sociaux bruissent de spéculations sur une centaine de militaires tués lors d’une récente attaque à Mansila, où les communications restent coupées. « Sans convoi militaire, il est impossible d’accéder à la ville », rapportent des sources locales.
Des organisations internationales alertent sur les dérives autoritaires
Amnesty International et la Coalition sénégalaise des défenseurs des droits humains préparent une mobilisation pour dénoncer la répression de la liberté de la presse et des libertés d’expression et d’opinion. Elles exigent notamment la libération de l’avocat Guy Hervé Ham, détenu depuis janvier, ainsi que celle des défenseurs des droits humains enrôlés de force dans les Volontaires de la défense de la patrie.
L’échec des juntes et leur rapprochement controversé avec la Russie
Accueillis comme des sauveurs lors de leur prise de pouvoir, les militaires de l’AES n’ont pas su améliorer la situation socioéconomique ni assurer la sécurité de leurs concitoyens. « Ces régimes sont dans l’impasse, incapables de résoudre les souffrances des populations », constate Alioune Tine.
Pour se maintenir au pouvoir, ils multiplient les abus : enlèvements de personnalités de la société civile, fermeture de médias, et recours à des méthodes dignes de dictatures. « On enlève même des septuagénaires pour les envoyer au front », s’indigne M. Tine. Par ailleurs, leur alliance avec des pays peu respectueux des droits humains, comme la Russie, a fragilisé la CEDEAO.
Selon lui, la CEDEAO est désormais divisée entre « pro-occidentaux » et « pro-russes », ce qui nuit à la coopération régionale. « C’est une catastrophe pour la sous-région. La CEDEAO doit se remettre en question pour mieux répondre aux attentes des peuples, notamment des jeunes. »
Parmi les sujets sensibles, il mentionne le franc CFA et la question des bases militaires, regrettant l’absence d’alternative crédible après le départ des forces françaises.