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Corridors vers le Mali : les transporteurs en alerte face aux risques accrus

ALERTE LOGISTIQUE

Corridors vers le Mali : les transporteurs en alerte face aux risques accrus

Les axes routiers reliant le Sénégal, le Maroc et la Guinée au Mali subissent des perturbations majeures. Entre appels à suspendre les trajets et prudence accrue des opérateurs, ces corridors essentiels à l’approvisionnement de Bamako voient leurs conditions se dégrader depuis plusieurs semaines.

Vue aérienne d'un camion sur une route africaine avec des paysages de savane en arrière-plan

Les transporteurs régionaux adaptent leurs stratégies face aux difficultés croissantes sur les corridors desservant le Mali. Les appels à suspendre certains trajets et les craintes exprimées par les organisations professionnelles se multiplient, impactant directement les coûts logistiques, les délais de livraison et l’organisation des chaînes d’approvisionnement reliant Bamako à ses partenaires commerciaux.

Enclavé, le Mali repose massivement sur le transport routier régional. Le corridor Dakar-Bamako reste un pilier pour les importations maliennes. En 2024, près de 2,6 millions de tonnes de marchandises à destination du Mali ont transité par le port de Dakar, soulignant l’importance économique de cet axe. Les risques sécuritaires poussent désormais les professionnels à agir. Au Sénégal, l’Union des routiers révèle qu’au moins onze camions sénégalais circulant vers le Mali ont été incendiés ces dernières semaines. Des organisations professionnelles exhortent les chauffeurs à réduire ou suspendre certains trajets, jugeant les risques désormais insoutenables économiquement.

L’incident du 6 mai a exacerbé ces craintes. Plusieurs convois commerciaux ont été pris pour cible sur l’axe reliant la frontière mauritanienne à Bamako. Selon des responsables syndicaux marocains, plus d’une quinzaine de camions marocains, sénégalais et mauritaniens ont été attaqués par des groupes armés. Six poids lourds marocains ont été réduits en cendres.

Au Maroc, cette escalade a poussé les opérateurs logistiques à adopter une attitude plus prudente vis-à-vis des dessertes maliennes. Les équations économiques se complexifient : hausse des primes d’assurance, immobilisation prolongée des véhicules, surcoûts liés à la sécurité et détours obligatoires grignotent les marges déjà serrées de trajets déjà longs et coûteux.

Le corridor Guinée-Mali n’est pas épargné. Depuis les attaques signalées fin avril sur cet axe stratégique, la circulation des biens et des personnes est fortement ralentie. Pourtant, cet itinéraire joue un rôle clé dans la diversification des routes logistiques du Mali, notamment via le port de Conakry. Les perturbations actuelles réduisent les options disponibles lorsque d’autres corridors deviennent instables.

Les répercussions dépassent le secteur du transport. Sur plusieurs axes, des chauffeurs accumulent des attentes prolongées avant le départ, certains convois ne roulent plus qu’en convois groupés, et des familles ignorent le sort de proches partis sur les routes depuis plusieurs jours. Pour les acteurs économiques, chaque interruption se traduit par des surcoûts de stockage, des retards de livraison et un ralentissement des échanges commerciaux. Quand plusieurs corridors sont simultanément affectés, ce sont l’approvisionnement du marché malien, les délais logistiques régionaux et l’activité transfrontalière qui en pâtissent directement.

Trois ans après le virage sécuritaire du Mali, du Burkina Faso et du Niger — marqué par un éloignement de certains partenaires occidentaux et un rapprochement avec la Russie —, les défis sécuritaires continuent de fragiliser le Sahel. Les tensions affectent désormais les échanges régionaux et la fluidité des grands axes commerciaux. Les répercussions s’étendent bien au-delà des frontières de l’Alliance des États du Sahel : transporteurs sénégalais, opérateurs marocains et convoyeurs mauritaniens expriment des inquiétudes majeures face aux risques encourus sur les routes maliennes.