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Économie

Comment les ingénieurs en génie civil façonnent-ils l’avenir des infrastructures au Burkina Faso ?

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Et si la sécurité de vos routes, de vos ponts et de vos bâtiments dépendait avant tout de l’engagement des ingénieurs en génie civil ? Au Burkina Faso, l’Ordre des ingénieurs du secteur alerte : les professionnels qualifiés sont les garants invisibles de la durabilité et de la fiabilité des infrastructures. Leur rôle, bien que souvent discret, est déterminant pour éviter des catastrophes aux conséquences économiques et humaines dévastatrices.

Le génie civil, un pilier méconnu de la souveraineté nationale

Chaque infrastructure qui façonne le quotidien des Burkinabè — infrastructures de transport, bâtiments publics, réseaux hydrauliques — repose sur l’expertise des ingénieurs en génie civil. Leur mission dépasse la simple conception : ils doivent anticiper les défis climatiques, respecter les normes locales et garantir la pérennité des ouvrages. À l’occasion d’un récent échange avec les médias, Ousmane Honoré Ouédraogo, président de l’Ordre des ingénieurs en génie civil du Burkina Faso (OIGC-BF), a rappelé que la qualité des constructions est indissociable de la souveraineté du pays.

Cette vision s’inscrit dans le cadre des orientations nationales portées par les autorités actuelles, qui misent sur des infrastructures modernes pour renforcer l’autonomie du Burkina Faso. Pourtant, derrière ces ambitions se cache une menace persistante : l’exercice illégal de la profession, qui fragilise la qualité des ouvrages et compromet la sécurité publique.

Des cadres légaux stricts pour protéger les citoyens et les projets

Pour encadrer cette profession exigeante, le Burkina Faso s’appuie sur la loi n° 020-2012/AN du 10 mai 2012, un texte fondamental qui définit les conditions d’exercice des ingénieurs en génie civil. Selon cette réglementation, seuls les professionnels inscrits à l’Ordre et couverts par une police d’assurance valide ont le droit d’intervenir sur des chantiers ou de proposer des prestations d’ingénierie.

Cette obligation légale, souvent méconnue du grand public, vise à protéger les citoyens contre les risques structurels. « Ces textes ne sont pas des contraintes, mais des remparts », a souligné Ousmane Honoré Ouédraogo. Ils assurent que chaque ouvrage — des écoles aux hôpitaux en passant par les routes — est conçu, contrôlé et validé par des experts qualifiés, identifiables et responsables.

Le non-respect de ces dispositions expose les contrevenants à des sanctions sévères : amendes, peines de prison, fermeture d’entreprises, confiscation de matériel ou exclusion des marchés publics. Des mesures qui, selon l’Ordre, visent à dissuader les pratiques frauduleuses et à préserver la crédibilité du secteur.

Lutter contre l’exercice illégal : une priorité absolue

L’un des combats majeurs de l’OIGC-BF consiste à éradiquer l’exercice illégal du génie civil. Chaque année, des rapports signalent la présence d’acteurs non habilités, souvent motivés par des coûts réduits, qui prennent des risques inconsidérés en construisant sans expertise ni supervision. Ces pratiques menacent directement la sécurité des utilisateurs et la réputation des professionnels engagés.

Pour y remédier, l’Ordre a mis en place des contrôles renforcés sur les chantiers et des campagnes de sensibilisation auprès des communes et des investisseurs. L’objectif ? Sensibiliser les parties prenantes aux dangers de ces agissements et promouvoir l’importance de faire appel à des ingénieurs agréés.

Moderniser la profession pour répondre aux défis de demain

Au-delà de la répression, l’OIGC-BF mise sur l’innovation et la modernisation pour hisser le génie civil burkinabè à la hauteur des enjeux actuels. Plusieurs axes stratégiques ont été identifiés :

  • L’harmonisation des tarifs des prestations : pour éviter les dérives tarifaires et garantir une concurrence loyale entre les professionnels.
  • La refonte des textes fondateurs : afin d’adapter la réglementation aux nouvelles technologies et aux spécificités locales, comme les défis liés à la sécheresse ou aux sols instables.
  • Le renforcement de la formation continue : pour que les ingénieurs restent à jour sur les dernières innovations en matière de construction durable et de gestion de projets.

Ces initiatives s’appuient sur un constat simple : le génie civil burkinabè ne peut se contenter de suivre les tendances internationales. Il doit anticiper les défis propres au Sahel, où les conditions climatiques et géologiques exigent des solutions sur mesure.

Vers une coopération régionale pour des normes saheliennes

Conscient que les défis ne s’arrêtent pas aux frontières, l’OIGC-BF a lancé un ambitieux projet de coopération avec les ordres des ingénieurs du Mali et du Niger. L’objectif ? Organiser en 2027 les Journées scientifiques de l’ingénieur génie civil de l’Alliance des États du Sahel (AES), un événement inédit destiné à élaborer des normes techniques communes adaptées aux réalités sahéliennes.

« Cet événement réunira les meilleurs experts de la sous-région et au-delà, pour concevoir des solutions techniques adaptées aux défis climatiques et géographiques de l’AES », a expliqué Ousmane Honoré Ouédraogo. Une démarche qui, si elle aboutit, pourrait servir de référence pour l’ensemble des pays sahéliens.

Des infrastructures sûres : un enjeu collectif

Les infrastructures sont le socle de toute société moderne. Au Burkina Faso, comme ailleurs en Afrique, leur qualité est un levier essentiel pour le développement économique. Mais pour y parvenir, il faut plus que des budgets ou des plans ambitieux : il faut des professionnels compétents, encadrés et engagés.

En renforçant les règles, en luttant contre les fraudes et en collaborant à l’échelle régionale, les ingénieurs en génie civil du Burkina Faso jouent un rôle clé dans la construction d’un avenir plus sûr et plus résilient. Leur travail, souvent invisible, est pourtant la pierre angulaire de la stabilité et du progrès.

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Charles Mbami

Journaliste