Casamance : le cannabis alimente un conflit affaibli en Sénégal
Début mai, des soldats et gendarmes sénégalais, épaulés par des chiens spécialisés, ont mené une opération musclée dans les champs de cannabis de la Casamance. Cette intervention s’inscrit dans le prolongement d’un conflit vieux de plus de quatre décennies, qui sévit dans le sud du Sénégal, malgré l’affaiblissement des forces indépendantistes.
L’assaut, déclenché près de la frontière gambienne, visait les positions du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC), en lutte depuis décembre 1982 pour l’autonomie de cette région séparée du reste du pays par la Gambie. Selon le colonel Cheikh Guèye, chef des opérations dans la zone de Ziguinchor, l’opération s’est déroulée « sans heurts majeurs », aboutissant à 14 interpellations, la saisie d’armes et plus de six tonnes de chanvre.
Le MFDC, autrefois redoutable, est aujourd’hui réduit à une poignée de combattants vieillissants. « Plus aucun recrutement n’est effectué, et les troupes résiduelles peinent à survivre », confie un observateur proche du dossier. La rébellion souffre également de divisions internes, d’un manque criant de munitions et d’un affaiblissement de son soutien populaire. « Les communautés locales, autrefois porteuses de son combat, se détournent désormais de sa cause », explique un membre de la société civile casamançaise.
L’émergence de dirigeants politiques issus de la Casamance, à l’image du Premier ministre Ousmane Sonko, a aussi contribué à marginaliser le MFDC. « Ses partisans ont désormais le sentiment de récupérer leur place dans le paysage national, réduisant d’autant leur adhésion à la lutte armée », souligne-t-il. En mars, lors d’une visite à Ziguinchor, Sonko a rappelé que le mouvement indépendantiste n’a « jamais contrôlé le moindre village » depuis plus de quarante ans.
le cannabis, nouvelle pomme de discorde
Le conflit s’est progressivement transformé en une économie parallèle, où le cannabis joue un rôle central. « Cette culture illicite finance les activités des groupes armés et alimente les tensions », révèle un haut gradé. Les opérations militaires visent désormais à « frapper au cœur de leur économie de guerre », précise le colonel Guèye. Les affrontements récents ont coûté la vie à trois militaires et blessé trois autres lors d’une explosion accidentelle, tandis qu’un soldat avait été tué début mars.
La région frontalière avec la Guinée-Bissau, autrefois foyer de violences, connaît une accalmie depuis la destruction des bases rebelles en 2021. Cependant, les tensions persistent dans le Nord Sindian, près de la Gambie, où l’isolement et l’absence d’infrastructures favorisent les trafics. « Les populations locales, appauvries, dépendent souvent de ces activités pour survivre », témoigne un responsable administratif.
vers une paix fragile ?
Malgré les progrès, la paix reste précaire. Un accord signé il y a trois ans entre une faction rebelle et le gouvernement a permis le retour progressif des réfugiés dans leurs villages. Un autre cessez-le-feu a été conclu en février 2025 avec une autre faction à Bissau, bien que certains accords antérieurs soient restés lettre morte. « La majorité des habitants aspirent à la stabilité, mais des éléments armés refusent encore de déposer les armes », constate la même source.
Le Premier ministre Sonko a réaffirmé que Dakar ne tolérera aucune sécession, tout en appelant au dialogue. « Nous tendons la main au MFDC, mais la souveraineté territoriale est non négociable », a-t-il déclaré. Dans ce contexte, la lutte contre le cannabis et les trafics associés reste un enjeu majeur pour la pacification de la région.