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Burkina Faso : la nationalisation de l’or entre défis financiers et souveraineté économique

Le Burkina Faso mise sur son or pour affirmer sa souveraineté

En 2024, le Burkina Faso a franchi un cap historique en nationalisant les mines d’or de Boungou et Wahgnion. Après deux ans de transition chaotique sous gestion privée, Ouagadougou a choisi de reprendre le contrôle total de ces sites stratégiques. L’objectif ? Maximiser les retombées pour le budget national et affirmer sa souveraineté dans un secteur minier où les multinationales dominaient jusqu’alors. Mais cette ambition se heurte à une réalité implacable : relancer des sites endormis exige des investissements colossaux et une gestion rigoureuse.

Des mines au ralenti, une production à relancer

En 2022, sous la gestion du groupe canadien Endeavour Mining, les mines de Boungou et Wahgnion affichaient une production cumulée de 240 000 onces d’or. Cependant, les années suivantes ont été marquées par des changements de gestionnaires et une dégradation du contexte sécuritaire, entraînant l’arrêt total de Boungou pendant deux ans. Ce n’est qu’en juillet 2025 que la production a repris sous pavillon public, avec les premiers lingots extraits du site nationalisé.

Pour 2026, la SOPAMIB (Société de participation minière du Burkina) table sur une production de 92 000 onces à Wahgnion, tandis que le ministère des Mines vise un objectif global de plus de 7 tonnes (environ 225 000 onces) pour les deux sites. Un retour aux performances de 2022 serait un succès, mais la concrétisation de ces prévisions dépend avant tout de la capacité à financer les investissements nécessaires.

Un prêt de la BOAD pour relancer l’industrie aurifère

Pour concrétiser ces ambitions, le gouvernement burkinabè a obtenu un prêt de 45,7 millions d’euros (30 milliards de FCFA) de la BOAD (Banque ouest-africaine de développement), complété par une enveloppe de 3,21 milliards de FCFA (4,9 millions d’euros) injectée par l’État. Ces fonds ne serviront pas à éponger des dettes, mais seront entièrement consacrés à des investissements structurels :

  • Modernisation des équipements : acquisition de matériel lourd pour relancer l’exploitation.
  • Gestion des résidus miniers : renforcement des infrastructures de stockage des déchets de traitement, une obligation technique et environnementale.
  • Raccordement électrique de Wahgnion au réseau national via une ligne dédiée, permettant de réduire la dépendance aux énergies fossiles importées et d’alléger les coûts de production.

L’urgence de réduire les coûts et de sécuriser l’exploitation

La transition vers une gestion publique a révélé une réalité financière préoccupante : la sous-traitance et la location de matériel coûtent près de 3 milliards de FCFA (4,57 millions d’euros) par mois pour Wahgnion seul. Une telle dépense asphyxie la rentabilité, même avec un cours de l’or élevé. Le ministre des Mines, Yacouba Zabré Gouba, a souligné l’urgence de briser ce cercle vicieux en internalisant les opérations et en réduisant la dépendance aux prestataires extérieurs. Le prêt de la BOAD doit permettre d’acheter du matériel propre et de stabiliser les coûts.

Un test pour le modèle minier étatique

La réussite de cette nationalisation est scrutée de près par les voisins du Burkina Faso et les investisseurs internationaux. Ce pari audacieux pourrait servir de modèle pour d’autres pays de la région, mais il repose sur un équilibre fragile. D’un côté, l’État doit prouver sa capacité à gérer des actifs complexes sans tomber dans les pièges de la bureaucratie ou de la mauvaise gestion. De l’autre, il doit garantir la sécurité des sites et des chaînes d’approvisionnement dans un contexte régional instable, un défi majeur qui avait déjà poussé les exploitants privés à réduire leurs activités.

Du symbole politique à la rentabilité industrielle

La nationalisation de Boungou et Wahgnion a été saluée comme une victoire symbolique, répondant à une attente forte d’une partie de l’opinion publique souhaitant voir les richesses du sous-sol profiter directement au pays. Cependant, le véritable défi commence maintenant : transformer ce symbole en une réalité industrielle pérenne. Si l’État parvient à rationaliser les coûts, sécuriser la production et atteindre ses objectifs pour 2026, le Burkina Faso pourrait devenir un exemple de gouvernance minière en Afrique de l’Ouest. En cas d’échec, le rêve de l’or nationalisé risquerait de peser lourdement sur les finances d’un pays déjà sous pression.