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Burkina Faso : ces milliards d’investissement public qui ne transforment pas le quotidien des citoyens

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Le Burkina Faso affiche des ambitions budgétaires ambitieuses, mais sur le terrain, la réalité est tout autre. Seulement 37 % des projets d’investissement public voient le jour, laissant aux oubliettes près des deux tiers des milliards mobilisés. Un constat qui interroge : que deviennent ces fonds promis aux écoles, routes et réseaux d’eau potable ? Entre lourdeurs administratives, chantiers abandonnés et manquements structurels, l’argent public ne se transforme pas en infrastructures durables. Plongée dans les mécanismes d’un système où les promesses s’évaporent avant même d’être concrétisées.

Pourquoi plus de la moitié des investissements publics burkinabè restent-ils lettre morte ?

Les chiffres sont sans appel : malgré des budgets en hausse et des règles administratives modernisées, l’exécution physique des projets d’infrastructure stagne à moins de 40 %. Une performance alarmante qui révèle un dysfonctionnement profond dans la chaîne de mise en œuvre. Si le gouvernement a multiplié les efforts pour attirer des financements, le passage de la théorie à la pratique reste un parcours semé d’embûches.

L’argent est collecté, les législateurs votent des enveloppes colossales, mais les citoyens ne voient pas les résultats attendus. Les habitants des zones rurales attendent toujours l’électrification promise, tandis que les axes routiers stratégiques s’effritent faute de maintenance. Ce décalage entre les annonces et la réalité interroge : le système actuel est-il capable d’absorber et de convertir efficacement les ressources disponibles ?

Les quatre pièges qui consument les milliards d’investissement

1. Des études de faisabilité bâclées : le premier maillon faible de la chaîne

Beaucoup de projets sont inscrits au budget sans évaluation rigoureuse des coûts ou des risques techniques. Résultat : des choix de sites inadaptés, des devis sous-estimés et des chantiers qui s’enlisent dès le début. Une partie des fonds est alors engloutie dans des corrections coûteuses, sans pour autant aboutir à un ouvrage fini.

2. Des procédures administratives étouffantes et des retards de paiement chroniques

Les entreprises locales du BTP, souvent victimes de financements publics tardifs, peinent à honorer leurs engagements. Entre les lenteurs des appels d’offres et les délais interminables pour recevoir les paiements, les PME s’essoufflent. Certaines abandonnent carrément les chantiers en cours, laissant derrière elles des ouvrages inachevés et des fonds publics gaspillés.

3. Des infrastructures neuves condamnées à se dégrader prématurément

Un phénomène moins médiatisé mais tout aussi coûteux concerne le manque de maintenance. Les routes bitumées se craquèlent après une première saison des pluies, les systèmes d’adduction d’eau tombent en panne faute d’entretien, et les équipements scolaires restent inutilisables. Ces négligences transforment des investissements colossaux en ressources gaspillées, réduisant à néant l’impact attendu sur le développement local.

4. Un fossé persistant entre le cadre légal et sa mise en pratique

Malgré les réformes institutionnelles saluées par les partenaires internationaux, l’application des règles sur le terrain reste superficielle. La transparence est souvent formelle, et les mécanismes de suivi des résultats sont trop rares ou inefficaces. Résultat : les fonds alloués ne sont pas toujours utilisés pour leur finalité première, et les citoyens ne voient pas les bénéfices promis.

Les partenariats public-privé : une solution miracle ou un nouveau piège financier ?

Face à l’échec partiel de la gestion directe par l’État, les Partenariats Public-Privé (PPP) sont présentés comme une alternative prometteuse. L’idée ? Faire appel au capital privé pour accélérer la réalisation des projets et partager les risques. Pourtant, cette approche comporte des risques majeurs si les garde-fous nécessaires ne sont pas renforcés.

Sans une capacité d’évaluation et de contrôle renforcée, le Burkina Faso s’expose à des contrats déséquilibrés, à des surcoûts cachés et à des garanties publiques mal évaluées. À terme, cela pourrait alourdir encore le poids de la dette publique, sans garantir une meilleure exécution des projets. Une stratégie séduisante, mais qui nécessite des conditions préalables strictes pour éviter de reproduire les mêmes erreurs.

Pour les citoyens, la seule mesure qui compte : des infrastructures livrées et durables

Le citoyen burkinabè ne demande pas plus de discours ou de chiffres macroéconomiques. Il attend des écoles où ses enfants peuvent étudier sans danger, des routes praticables pour se déplacer ou accéder aux marchés, et des points d’eau potable pour éviter les maladies. Pourtant, malgré des milliards injectés dans le système, ces résultats tangibles peinent à se matérialiser.

Injecter davantage de ressources dans un système dysfonctionnel reviendrait à combler un tonneau sans fond. Avant d’envisager de nouveaux financements, l’urgence absolue réside dans la réparation des mécanismes de gestion des investissements publics. Cela implique de cartographier chaque franc engagé, de renforcer les capacités locales, de publier des rapports de suivi indépendants et de sanctionner les manquements. Seule une transparence radicale et une exécution rigoureuse permettront de transformer les promesses en progrès concret pour les populations.

Charles Mbami

Journaliste