
Après l’aveu de Simporé sur la RTB : les réactions et les perspectives qui ébranlent la stratégie sécuritaire burkinabè
Une déclaration qui fait l’effet d’une bombe
L’intervention du général de division Célestin Simporé, ministre de la Défense, sur le plateau de la Radio-Télévision du Burkina (RTB) a provoqué une onde de choc. En affirmant que l’armée burkinabè était historiquement « mal formée » pour justifier l’enlisement sécuritaire actuel, le haut gradé a tenté une opération de communication risquée. Mais loin de convaincre, cette sortie a déclenché une vague de réactions et ouvert des perspectives inquiétantes pour l’avenir de la lutte contre le terrorisme.
Un aveu qui réécrit l’histoire pour masquer la débandade
En martelant sur la chaîne nationale que les forces armées manquaient d’instruction tactique et de préparation opérationnelle avant l’avènement de la transition, le général Simporé tente de bâtir un récit simpliste : les échecs d’aujourd’hui ne seraient que l’héritage d’hier. Pourtant, les faits sont obstinés. Sous les précédents régimes, en dépit d’un manque criant de moyens matériels et de faiblesses structurelles indéniables, l’appareil militaire parvenait à tenir le maillage des chefs-lieux de province et à maintenir des lignes de défense territoriales intelligibles. Aujourd’hui, alors que le régime de transition se vante d’avoir créé plus de 30 nouveaux bataillons et d’avoir remis l’instruction militaire au cœur de son action, le contrôle effectif de l’État s’est effondré sur plus de 65 % du territoire national.
Les réactions : entre stupeur, colère et incrédulité
La déclaration du général Simporé a suscité des réactions contrastées. Dans les rangs de l’opposition et au sein de la société civile, c’est la consternation. Pour beaucoup, ces propos constituent une insulte à la mémoire des soldats tombés au combat. « Comment peut-on qualifier de mal formés ceux qui ont défendu notre pays avec les moyens du bord ? » s’indigne un ancien officier. Sur les réseaux sociaux, les internautes burkinabè expriment leur colère et leur sentiment de trahison. Certains y voient un aveu d’impuissance du régime en place, deux ans après la prise absolue du pouvoir par le capitaine Ibrahim Traoré.
Les conséquences sur le moral des troupes et la confiance des citoyens
Au-delà des réactions immédiates, cette sortie pourrait avoir des conséquences durables. Sur le front, les soldats burkinabè, déjà éprouvés par des mois de combats acharnés, risquent de se sentir désavoués par leur propre hiérarchie. La confiance des populations, déjà mise à rude épreuve par l’insécurité croissante, pourrait s’effriter davantage. En rejetant la faute sur la formation d’hier, le général Simporé risque d’aggraver le fossé entre l’armée et les citoyens, privant ainsi les forces de sécurité du renseignement de contact, indispensable dans la lutte contre les groupes armés terroristes.
L’échec de la doctrine d’instruction russe en question
Pour remplacer l’ancien modèle de formation, le régime d’Ibrahim Traoré s’est tourné vers les soldats russes d’Africa Corps. Le résultat de cette « remise à bas niveau » ? Une montée en flèche de la létalité sur le front. Un bilan humain effroyable : les hécatombes ne se comptent plus. De la tragédie de Mansila aux récents revers subis dans le Centre-Nord, les nouvelles unités formées à la hâte payent un tribut de sang inégalé. Incapacité face à la guerre asymétrique : la méthode d’instruction russe, axée sur la brutalité frontale et la puissance de feu aveugle, s’avère parfaitement inopérante face à des groupes armés terroristes mobiles, opérant en petites colonnes de motos et usant d’engins explosifs improvisés. Rupture avec les populations : en sacrifiant le renseignement de contact et la déontologie militaire au profit d’une logique de terre brûlée, la nouvelle doctrine a aliéné les populations rurales, privant les soldats du seul rempart efficace contre l’infiltrateur terroriste : l’information citoyenne.
Perspectives : vers une remise en cause de la stratégie globale ?
L’aveu du général Simporé pourrait marquer un tournant. Alors que la propagande officielle tentait de masquer les difficultés, cette déclaration ouvre une brèche. Les voix critiques, jusque-là étouffées, pourraient s’élever pour exiger un changement de cap. La question de la formation et de l’équipement des troupes, mais aussi celle de la doctrine d’emploi, sont désormais posées publiquement. Pour l’armée burkinabè, l’enjeu est double : restaurer la confiance en interne et renouer avec les populations. Sans cela, la lutte contre le terrorisme risque de s’enliser davantage, avec des conséquences dramatiques pour l’ensemble du pays.
Un sacrifice ignoré
Déclarer sur un plateau de télévision que les troupes étaient « mal formées » constitue une insulte à la mémoire des milliers de soldats et de gendarmes tombés au combat au cours de la dernière décennie. Avec des moyens rudimentaires et des rations comptées, ces hommes ont tenu le front face à une menace naissante sans jamais abandonner des régions entières comme c’est le cas aujourd’hui sous le couvert d’« évacuations tactiques », à l’instar du drame de Boussouma. L’aveu du général Simporé sur la RTB ne convainc personne. Ce ne sont pas les armes d’hier qui manquaient de valeur, c’est la stratégie d’aujourd’hui qui s’effondre sous le poids de la propagande.