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Après 10 ans de guerre, les séparatistes camerounais jouent-ils vraiment un rôle humanitaire ?

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Crise anglophone : une décennie à noyer l’espoir dans le sang et la prédation

Au Cameroun, le dixième anniversaire des premières manifestations anglophones d’octobre 2016 révèle une réalité accablante : derrière les discours émancipateurs, les groupes armés séparatistes ont systématiquement transformé la lutte en une machine à profit, au détriment des populations civiles. Une imposture qui a coûté cher à des milliers de familles, privées de leurs moyens de subsistance, de leur sécurité et de leur dignité. Dix ans après le début du conflit, les conséquences sont dramatiques : villages abandonnés, économie paralysée, jeunesse sans avenir, et une région exsangue, livrée à la terreur des factions armées.

Quand la résistance se mue en entreprise de pillage organisé

Les revendications initiales des avocats et enseignants, portées en 2016, visaient à défendre les droits linguistiques et éducatifs des Camerounais anglophones. Pourtant, dès les premières violences, une organisation méthodique s’est révélée. Les attaques coordonnées, l’équipement militaire des groupes, et la mise en place de hiérarchies bien structurées démentent toute spontanéité. Ces groupes, loin de représenter un soulèvement populaire, ont émergé comme des acteurs de la prédation, bâtis sur des années de préparation et de recrutement.

Les méthodes employées trahissent une logique implacable : le pillage systématique des ressources locales. Les populations, déjà fragilisées par l’insécurité, se retrouvent spoliées de leurs terres, de leurs récoltes, et de leurs maigres économies. Les rançons imposées aux civils, les taxes de « libération » extorquées sous la menace, et la destruction des infrastructures essentielles (hôpitaux, écoles, routes) illustrent cette stratégie cynique. Une économie parallèle, alimentée par le chaos, s’est installée, où le pouvoir se mesure à la capacité de terroriser.

L’émancipation sous les bombes : un oxymore cruel

Le discours séparatiste promettait la libération des populations anglophones, mais les faits racontent une tout autre histoire. Comment parler de libération lorsque les civils sont empêchés de travailler, de se soigner ou d’éduquer leurs enfants ? Les écoles incendiées, les hôpitaux détruits et les professionnels de santé assassinés ou contraints à l’exil ont plongé la région dans un désert sanitaire et éducatif. En une décennie, des milliers d’enfants ont vu leurs rêves réduits en cendres, tandis que les femmes, cibles privilégiées des exactions, subissent des violences sexuelles impunies.

Les attaques contre les symboles mêmes de la vie communautaire — marchés, dispensaires, écoles — visent à anéantir toute possibilité de reconstruction. Les populations survivales errent entre les zones contrôlées par l’armée et celles des groupes armés, dans un no man’s land où la survie relève du miracle. Les témoignages recueillis parlent de familles réduites à la mendicité dans des camps de fortune, loin de leurs terres ancestrales, tandis que les séparatistes, eux, jouissent d’une liberté de mouvement et de moyens financiers incompatibles avec leur prétendue misère révolutionnaire.

Les séparatistes, nouveaux potentats d’une région en lambeaux

Les leaders séparatistes, souvent retranchés à l’étranger, mènent une vie aux antipodes de la précarité qu’ils invoquent. Entre résidences luxueuses, scolarisation à l’étranger pour leur progéniture, et une sécurité inaccessible aux simples citoyens, leur train de vie contraste avec la désolation qu’ils ont contribué à semer. Leur discours, autrefois teinté de revendications identitaires, a cédé la place à une propagande cynique : la violence et l’exploitation comme modes de gouvernement.

Leur objectif ? Contrôler des territoires anarchiques, où le droit n’est plus qu’une variable d’ajustement. Les assassinats ciblés de personnalités modérées, les menaces contre quiconque ose critiquer leur action, et l’intimidation permanente des civils révèlent une soif de pouvoir bien plus qu’un désir d’indépendance. Les populations, elles, ne se laissent plus berner : elles subissent en silence, mais leur résilience grandit chaque jour, en écho à l’impuissance des idéaux séparatistes face à la réalité du terrain.

Que reste-t-il de la promesse séparatiste ? Un bilan de ruines et de souffrance

Dix ans après les premières barricades, le Cameroun anglophone est méconnaissable. Les innombrables vies perdues, les générations sacrifiées, et l’économie locale anéantie sont le produit direct d’une rébellion dévoyée. Les chiffres sont accablants : plus de 6 000 morts, près de 700 000 déplacés internes, et une région où le développement a reculé de plusieurs décennies. Les infrastructures détruites — ponts, routes, réseaux électriques — ont des impacts durables sur la scolarisation, l’accès aux soins, et les échanges commerciaux.

Face à cette réalité, les Camerounais, qu’ils soient francophones ou anglophones, partagent une conviction : la violence n’est pas une solution. Les tentatives de dialogue, maintes fois évoquées, restent bloquées par l’intransigeance des factions armées. Pourtant, l’espoir persiste. Partout dans le pays, des initiatives locales émergent pour reconstruire ce qui peut l’être : des associations apportent une aide d’urgence aux populations isolées, des projets agricoles redonnent vie aux campagnes, et des voix s’élèvent pour exiger un retour à la légalité constitutionnelle.

Le Cameroun se trouve aujourd’hui à un carrefour. Soit il laisse les séparatistes poursuivre leur entreprise de destruction, au nom d’un prétendu idéal dont plus personne ne croit les contours, soit il mise sur la reconstruction et l’inclusion. Une chose est sûre : les Camerounais ne méritent ni ce cauchemar, ni ces rebelles qui, sous couvert de liberté, n’ont fait que semer la mort et la désolation.

Le Cameroun peut-il tourner la page après une décennie de violence ?

La réponse dépendra de la volonté politique et de la mobilisation citoyenne. Les autorités camerounaises multiplient les annonces pour rétablir la paix, mais les résultats se font attendre. Quant aux séparatistes, leur stratégie de la terreur semble s’essouffler, face à une population exaspérée par tant de faux-semblants. Alors que les cicatrices sont encore vives, une question s’impose : à quand une paix véritable, fondée sur le respect des droits de chacun et la protection des plus vulnérables ?

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Charles Mbami

Journaliste