Afrique : entre coups d’état et bastions de démocratie
afrique : entre coups d’état et bastions de démocratie
Les régimes autoritaires progressent-t-ils en Afrique ? Analyse des dynamiques politiques contrastées du continent.
Les coups d’État se multiplient en Afrique depuis 2020, avec près d’une dizaine de tentatives recensées. Récemment, c’est la Guinée-Bissau, pays lusophone parmi les plus pauvres du monde, qui a été touchée. Un groupe d’officiers a renversé le président Umaro Sissoco Embalo, qui tentait de briguer un second mandat malgré des résultats électoraux contestés. L’opposition, menée par Fernando Dias da Costa, affirme avoir remporté le scrutin. Les deux camps s’accusent mutuellement de fraude.
Les éléments en faveur d’un coup monté sont nombreux : absence de victimes, proximité des putschistes avec le président sortant et fuite rapide de ce dernier à l’étranger. Une enquête d’opinion réalisée mi-novembre donnait Dias da Costa largement favori (plus de 60 % d’intentions de vote), contre seulement 30 % pour Embalo. Ce scénario rappelle étrangement les méthodes utilisées par certains dirigeants pour conserver le pouvoir.
En Afrique de l’Ouest, quatre pays francophones — Mali, Burkina Faso, Guinée et Niger — sont désormais dirigés par des juntes militaires. Ces régimes, souvent installés après des élections contestées, ont expulsé les forces françaises et accueilli des groupes mercenaires comme le Africa Corps, succédant au controversé Groupe Wagner.
La situation sécuritaire s’est fortement dégradée dans ces pays, où les mouvements djihadistes, affiliés à al-Qaïda ou à l’État islamique, gagnent du terrain. Au Mali, hors de Bamako, des zones entières échappent au contrôle de l’État et adoptent des règles islamistes strictes. L’alternative proposée par ces juntes — rejet de l’influence occidentale et lutte contre le terrorisme — semble aujourd’hui insuffisante pour garantir la stabilité.
D’autres pays africains illustrent des trajectoires opposées. Au Gabon, un putsch a renversé la dynastie des Bongo, au pouvoir depuis plus de six décennies. Malgré l’enthousiasme initial pour le général Brice Oligui Nguema, celui-ci a consolidé son pouvoir par un référendum controversé. À Madagascar, des manifestations massives de la génération Z ont conduit à la chute du président Andry Rajoelina, remplacé par l’armée, suscitant des inquiétudes sur l’avenir démocratique.
Les « dinosaures » du continent, comme Teodoro Obiang (Guinée équatoriale, depuis 1979), Paul Biya (Cameroun, depuis 1984) ou Yoweri Museveni (Ouganda, depuis 1986), perpétuent un système où les élections sont vidées de leur sens. Même au Rwanda, où Paul Kagame a obtenu 99 % des voix en 2024, la démocratie reste une fiction.
Pourtant, l’Afrique n’est pas un bloc monolithique. Une étude récente, Eppure, resiste, réalisée par l’Istituto Studi di politica internazionale, révèle une autre réalité : en 2024, des élections libres et pluralistes ont permis des alternances pacifiques au Sénégal, au Botswana, au Cap-Vert et au Ghana. Ces pays, souvent cités en exemple, combinent presse indépendante, société civile active et respect des processus électoraux.
L’Union africaine, malgré ses limites, condamne systématiquement les coups d’État, avec le soutien de poids lourds comme l’Afrique du Sud et le Nigeria. Ces nations, malgré leurs propres défis, prônent le respect de la voie électorale et la lutte contre l’autoritarisme. Les jeunes Africains, représentant 70 % de la population de moins de 25 ans, jouent un rôle clé dans cette dynamique. À travers des mouvements citoyens, ils réclament davantage de transparence et rejettent l’arbitraire des dirigeants corrompus ou incompétents.
Une lueur d’espoir subsiste donc en Afrique, où la démocratie, malgré les reculs, conserve des bastions solides. Face à la montée des régimes autoritaires en Occident, les citoyens africains montrent qu’il est possible de défendre les valeurs démocratiques par la mobilisation et l’innovation politique.