Africa corps : la milice russe qui reshuffle la carte militaire au Mali
africa corps : la milice russe qui reshuffle la carte militaire au Mali
Cette organisation paramilitaire, considérée comme l’une des plus secrètes de Moscou, vient de perdre un bastion clé au Mali. Pourtant, son rôle stratégique dans la région reste intact.
Un week-end meurtrier a secoué le Mali. Samedi 25 avril, des attaques coordonnées ont visé des positions clés de la junte, notamment près de Bamako, où le ministre de la Défense Sadio Camara a trouvé la mort. Dans l’est du pays, les rebelles touaregs ont repris le contrôle de Kidal, une ville stratégique longtemps tenue par Africa Corps.
Après des combats intenses et des négociations tendues, la milice a finalement choisi de se retirer de Kidal. Pourtant, sa présence reste déterminante dans d’autres régions du Sahel, où elle agit comme un levier d’influence pour Moscou.
Une milice née dans l’ombre de Wagner
Officiellement créée en 2023, Africa Corps a été révélée au grand jour par le blogueur militaire Deux Majors sur Telegram. Igor Korotchenko, ancien colonel et journaliste proche du Kremlin, a confirmé sa création, précisant qu’elle serait dirigée par Iounous-bek Evkourov, vice-ministre russe de la Défense.
Cette initiative intervient alors que le groupe Wagner, longtemps utilisé comme bras armé de Moscou en Afrique, perd de son influence après la mort de ses fondateurs, Evgueni Prigojine et Dmitri Outkine, dans un accident d’avion en août 2023. Leur disparition a laissé un vide que Africa Corps tente de combler.
Des objectifs ambitieux et une stratégie discrète
Contrairement à Wagner, souvent critiqué pour ses méthodes brutales, Africa Corps mise sur une approche plus discrète. Ses missions ? Soutenir les régimes alliés à la Russie en fournissant troupes et équipements militaires, tout en luttant contre l’influence occidentale sur le continent.
Igor Korotchenko a résumé sa mission : « mener des opérations militaires à grande échelle pour aider les pays africains à se libérer de la dépendance néocoloniale et à renforcer leur souveraineté ». Le nom même de l’organisation fait écho à l’héritage historique du Troisième Reich, une référence assumée à l’Afrikakorps de la Seconde Guerre mondiale.
Une présence croissante au Sahel
Depuis 2024, Africa Corps a pris le relais de Wagner au Mali, déployant des centaines de combattants. Plusieurs anciens cadres de Wagner ont rejoint ses rangs, renforçant ainsi son emprise. Son objectif ? Maintenir la junte malienne au pouvoir face à la rébellion touarègue, tout en étendant son influence au Burkina Faso, en Libye, au Soudan, en République centrafricaine et au Niger.
Cette stratégie s’inscrit dans un contexte de retrait progressif des puissances occidentales, dont la France, du Sahel. Africa Corps en profite pour consolider les liens avec les gouvernements locaux et sécuriser des intérêts économiques, notamment les routes migratoires et les ressources minières.
Un acteur controversé sur la scène internationale
Malgré une approche moins violente que Wagner, Africa Corps n’échappe pas aux critiques. En 2024, le Royaume-Uni a accusé le groupe de « violations généralisées des droits humains » et d’exploitation des ressources naturelles africaines à des fins lucratives.
Son retrait de Kidal marque un tournant, mais son influence persiste au-delà des frontières maliennes. Une présence qui continue de façonner l’équilibre géopolitique du Sahel.