Le Faso Libre

Actualités du Burkina Faso : politique, sécurité, économie et société, sans compromis éditoriaux.

Le Faso Libre

Actualités du Burkina Faso : politique, sécurité, économie et société, sans compromis éditoriaux.

Actualités

Actualité africaine : les 5 points marquants de la semaine

Emmanuel Macron, lors d'une conférence de presse à l’Élysée

Voici les cinq actualités africaines majeures de la semaine, résumées pour vous.

1. Emmanuel Macron réoriente la politique africaine française à Nairobi

Le diagnostic. À quelques jours du sommet Africa Forward à Nairobi, Emmanuel Macron a balayé l’idée d’une aide publique au développement traditionnelle. « Nous ne sommes plus dans une logique d’aide, mais d’investissement solidaire », a-t-il affirmé. Une rupture avec les décennies passées, où le continent africain était perçu comme un bénéficiaire passif. Le président français cible désormais les marchés privés, souvent freinés par des notations de crédit défavorables et une perception excessive des risques.

Les annonces. Le sommet a permis de concrétiser 23 milliards d’euros d’intentions d’investissement, dont 14 milliards proviennent de la France (secteurs public et privé confondus). Proparco, filiale de l’AFD dédiée au secteur privé, a signé un engagement de 500 millions d’euros, soit près de 50 % de son budget annuel africain en une seule journée.

Un tournant stratégique. Le choix de Nairobi, en Afrique de l’Est anglophone, marque un pivot après les tensions avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Emmanuel Macron cherche à renforcer sa crédibilité auprès des partenaires internationaux, notamment pour plaider en faveur d’une réforme de l’architecture financière mondiale lors du G7 de juin. De son côté, William Ruto, président du Kenya, en profite pour se positionner avant une élection présidentielle nationale.

Chiffre clé. L’aide publique au développement des pays de l’OCDE a chuté de plus d’un tiers en deux ans, tandis que la France a réduit son budget de près de 2 milliards d’euros. Une baisse que Macron entend compenser par un afflux de capitaux privés, dont les résultats concrets restent à prouver.

2. Africa CEO Forum à Kigali : les dirigeants africains appellent à une transformation du secteur privé

Paul Kagame lors de l'ouverture de l'Africa CEO Forum à Kigali

Un impératif : grandir ou périr. Sous le thème « scale or fail », la 13e édition de l’Africa CEO Forum a rassemblé 2 800 décideurs et huit chefs d’État. Le constat est sans appel : les marchés africains sont trop fragmentés, les échanges intracontinentaux insuffisants, et le continent doit cesser de se morceler pour peser sur la scène internationale.

Les défis structurels. Malgré la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), lancée il y a huit ans, les barrières réglementaires, les coûts logistiques élevés et la faible intégration économique persistent. Résultat : l’Afrique exporte son potentiel (minerais, talents, capitaux) sans en capter la valeur ajoutée.

La déclaration de Paul Kagame. Le président rwandais a lancé un avertissement : « D’un côté, on nous donne des leçons sur les droits humains ; de l’autre, on nous prend nos minerais. Il est temps d’arrêter de se faire arnaquer. » Un plaidoyer pour une souveraineté économique africaine, loin des postures paternalistes.

3. Cameroun : la vice-présidence toujours vacante, la succession de Paul Biya en question

Paul Biya et son épouse Chantal lors d'un événement officiel

Un fauteuil vide. Le décret rétablissant la vice-présidence au Cameroun a été signé, mais le poste reste vacant. À Yaoundé, les spéculations s’intensifient : Paul Atanga Nji, Louis-Paul Motaze, Philémon Yang ou Oswald Baboké, la liste des prétendants s’allonge. Le silence de Paul Biya alimente les rumeurs sur la succession présidentielle.

Le blocage familial. Franck Biya, fils du président, devait être nommé dès l’adoption du décret en avril. Son premier rôle officiel : accueillir le pape Léon XIV. Le communiqué était prêt, mais jamais diffusé. Selon les observateurs, Chantal Biya aurait bloqué la nomination, préférant promouvoir son propre fils, Franck Hertz. Derrière cette valse des noms se joue une bataille de pouvoir dont l’enjeu dépasse le Cameroun.

4. Sénégal : la réforme constitutionnelle avantage-t-elle Ousmane Sonko ?

Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko lors d'un rassemblement politique

Les changements proposés. Un avant-projet de révision constitutionnelle, publié fin avril, redessine les rapports de force au sommet de l’État sénégalais en faveur d’Ousmane Sonko. Deux mesures clés : le président devra désormais définir la politique nationale « en concertation » avec le Premier ministre, et ce dernier pourra saisir directement la Cour constitutionnelle, indépendamment de la volonté présidentielle. Autre point saillant : Bassirou Diomaye Faye sera interdit de diriger un parti ou de faire campagne, tandis qu’Ousmane Sonko pourra conserver la tête de Pastef.

Un risque institutionnel. L’article 49 du texte reste inchangé : Faye pourra toujours limoger Sonko. Mais si les tensions entre les deux hommes s’aggravent, le Sénégal pourrait connaître une cohabitation inédite : un chef de parti majoritaire au Parlement, renforcé constitutionnellement, contraint à l’opposition depuis le poste de Premier ministre.

5. Philippe Lalliot, nouveau visage de la diplomatie française au Maroc

Philippe Lalliot lors d'une réunion au Quai d'Orsay

Un profil gestionnaire. Philippe Lalliot, 60 ans, prendra la suite de Christophe Lecourtier au poste d’ambassadeur de France au Maroc. Emmanuel Macron a choisi un profil discret, pur produit du Quai d’Orsay et actuel directeur du Centre de crise et de soutien (CDCS). Une approche pragmatique, loin des figures politiques traditionnelles, reflétant la nouvelle doctrine française envers Rabat.

Deux dossiers prioritaires. Lalliot hérite d’une relation bilatérale en pleine amélioration mais incomplète : le traité d’amitié entre les deux pays est toujours en négociation, et la visite d’État du roi Mohammed VI en France n’a pas encore de date officielle. Sur le plan économique, la France représente près de 30 % des investissements directs étrangers au Maroc. Les deux pays avancent pas à pas pour renforcer leur partenariat.